Zone Temporaire Noétique

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L’Ere de l’individu tyran de Eric Sadin

Protestations, manifestations, émeutes, grèves ; crispation, défiance, dénonciations : depuis quelques années, la colère monte, les peuples ne cessent de rejeter l’autorité et paraissent de moins en moins gouvernables. Jamais le climat n’a été si tendu, laissant nombre de commentateurs dans la sidération. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quels éléments et circonstances ont fait naitre et entendre une telle rage, démultipliée sur les réseaux sociaux ?
Les raisons de la révolte sont connues et liées aux dérives du libéralisme élu comme seul modèle politique (aggravations des inégalités, dégradations des conditions de travail, recul des services publics, mises à jour de scandales politiques…). Mais la violence avec laquelle elle se manifeste à présent est inédite car exprimée par un sujet nouveau : l’individu tyran. Né avec les progrès technologiques récents, l’apparition d’internet, du smartphone et les bouleversements induits par la révolution numérique (applications donnant le sentiment que le monde est à nos pieds, réseaux sociaux où ma parole vaut celle de tous, mon image magnifiée…), c’est un être ultra connecté, replié sur sa subjectivité, conforté dans l’idée qu’il est le centre du monde, qu’il peut tout savoir, tout faire, et voyant dans l’outillage technologique moderne l’arme qui lui permettra de peser sur le cours des choses. C’est le I de Iphone, le You de Youtube. Jamais combinaison n’aura été plus explosive : les crises économiques renforcent l’impression d’être dépossédé, la technologie celle d’être tout-puissant. L’écart entre les deux ne cesse de se creuser et devient de plus en plus intolérable. Les conséquences sont délétères : délitement du lien social, de la confiance, du politique ; montée du communautarisme, du complotisme, de la violence… Plane la menace d’un « totalitarisme de la multitude ».
Dans cet essai brillant, mené tambour battant, Eric Sadin livre une analyse neuve et tragiquement juste de l’effondrement de notre monde commun à travers une mise en perspective historique, politique, sociale, économique et technique unique. Mais il le fait pour mieux repenser les termes d’un contrat social capable de nous tenir, à nouveau, ensemble

La Chute de la maison Usher

Jean Epstein
France / 1928 / 1:05:23
D’après Edgar Allan Poe.
Avec Marguerite Gance, Jean Debucourt, Charles Lamy.
Lord Roderick Usher, inquiet pour sa compagne, souffrante, accueille dans sa demeure à l’atmosphère étrange et oppressante un ami d’enfance, après l’avoir appelé à l’aide.

La Chute de la maison Usher a été restauré en 1997 par la Cinémathèque Royale de Belgique et la Cinémathèque française, en collaboration avec la Cineteca del Comune di Bologna, le Nederlands Filmmuseum et l’Archivo Nacional de la Imagen – Sodre (Montevideo). En 2013, le film a été restauré numériquement par la Cinémathèque française et mis en musique par Gabriel Thibaudeau d’après sa partition, interprétée par l’Octuor de France.

« Tout concourt dans ce chef-d’œuvre à son unité. La maîtrise absolue du montage, du rythme où le ralenti, les surimpressions, les travellings, la caméra mobile jouent leur rôle et jamais gratuitement : il n’y a pas une image, un procédé technique qui ne soient là pour embellir le film ; ils sont là pour nous impressionner dans le sens le plus noble comme les images et la cadence d’un vers. La qualité de la photographie, digne des plus grands chefs-d’œuvres du film allemand où grâce à l’orthochromatique les gris sont gris, les blancs sont blancs et les noirs d’un velouté unique… » (Henri Langlois, Cahiers du cinéma, juin 1953)

Le normal et la pathologique de Georges Canguilhem

« Le travail présent est un effort pour intégrer à la spéculation philosophique quelques-unes des méthodes et des acquisitions de la médecine. Il ne s’agit de donner aucune leçon, de porter sur l’activité médicale aucun jugement normatif […]. Nous avons l’ambition de contribuer au renouvellement de certains concepts méthodologiques en rectifiant leur compréhension au contact d’une information médicale […]. Nous pensons obéir à une exigence de la pensée philosophique qui est de rouvrir les problèmes plutôt que de les clore. » Cet ouvrage est la thèse de doctorat en médecine présentée en 1943 par Georges Canguilhem, augmentée, lors de sa réédition vingt ans plus tard, de réflexions philosophiques sur la signification du terme « normal » en médecine.

Jancovici – Klein : « L’importance de la connaissance sur les enjeux climat »

1h30 – Etienne Klein

le progrès a perdu sa majuscule apres la seconde guerre mondiale. 1980 décroissance et apparait un mot ancien qui est le mot innovation qui monte. le croisement de la rencontre du mot innovation et progrès se fait en 2003 et la disparition du mot progrès dans les discours publics se produit entre le quinquennat de 2007 et 2012.

Le progrès s’est modernisé par le mot innovation, on pourrait dire cela. Mais c’est faux, le mot innovation est plus ancien que le mot progrès. (…) la rhétorique de l’innovation contredit la rhétorique du progrès. On peut le dire en une phrase : la rhétorique du progrès suppose que le temps qui passe est constructeur et il est complice de notre liberté et de notre volonté. Il est notre allié.

La rhétorique de l’innovation est totale différente : on dit que l’on est soumis à tout type de défis : climatique, vieillissement de la population, etc… et nous avons compris que nous ne pourrons relever ces défis dont la gravité augmente en fonction du temps qui passe que par l’innovation. Donc l’innovation est un principe de conservation qui est destiné à palier les effets corrupteurs du temps qui passent. Donc vous voyez que la rhétorique de l’innovation s’appuie sur l’idée d’un temps corrupteur et non pas constructeur.

1h46 – Etienne Klein

le verbe Débattre est un vieux mot de la langue française qui date du XIIe siècle qui veut dire quoi ? ce qu’il faut faire pour ne pas avoir à se battre. Débattre est le contraire de se combattre. cela veut dire argumenter, discuter ensemble, pratiquer une politesse de l’esprit, refuser les arguments d’autorité, cela prend un temps fou et c’est parfois emmerdant. On préfère nous les débats au sens moderne du terme, c’est les disputes entre deux personnes dont on connait les positions opposées et dont on organise les confrontations.

Cinq méditations sur la mort de François Cheng

Comme ses Cinq méditations sur la beauté, ce texte de François Cheng est né d’échanges avec ses amis, auxquels le lecteur est invité à devenir partie prenante. Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie, s’exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter. Le voici se livrant comme il ne l’avait peut-être jamais fait, et transmettant une parole à la fois humble et hardie.

Il n’a pas la prétention de délivrer un « message » sur l’après-vie, ni d’élaborer un discours dogmatique, mais il témoigne d’une vision de la « vie ouverte ». Une vision en mouvement ascendant qui renverse notre perception de l’existence humaine, et nous invite à envisager la vie à la lumière de notre propre mort. Celle-ci, transformant chaque vie en destin singulier, la fait participer à une grande Aventure en devenir.

De la guerre de Thucydide

« La guerre n’est que la poursuite de la politique par d’autres moyens », écrivait au XIXe siècle Clausewitz dans son célèbre traité De la guerre. C’est un principe qu’illustrent plusieurs passages de La Guerre du Péloponnèse, de Thucydide, qui retrace en détail le conflit entre Sparte et Athènes. On découvrira dans ces pages des considérations stratégiques, tactiques, des techniques de combat sur terre comme sur mer, des harangues à la rhétorique imparable, et quelques tableaux de batailles saisissants. Considérant la guerre comme le fruit de lois humaines où n’entre aucune intervention surnaturelle, Thucydide bannit anecdotes, rumeurs et sentimentalisme dans des lignes passionnantes qui n’en frapperont que plus le lecteur d’aujourd’hui.

Espace lointain de Jaroslav Melnik

Traduit du lituanien par Margarita Leborgne

À Mégapolis, ville-monde peuplée d’aveugles, seul « l’espace mitoyen » existe. Les habitants se déplacent grâce aux multiples capteurs électro-acoustiques qui jalonnent l’espace, et dont ils sont entièrement dépendants. Un beau jour, Gabr recouvre la vue. Il découvre avec répulsion l’aspect sordide de « l’espace mitoyen » : un enchevêtrement de métal où déambulent des êtres en haillons. Terrifié par ce qu’il prend pour des hallucinations, il se rend au ministère du Contrôle où on lui diagnostique une psychose des « espaces lointains » avant de lui promettre de le guérir. Mais Gabr est saisi par le doute : et si ce qu’il percevait n’étaient pas des hallucinations, mais bien la réalité ? Et si ses yeux n’étaient pas un organe secondaire, mais un organe sensoriel soudain réveillé ? Sa rencontre avec Oksas, un ex- voyant dont le ministère a détruit la vue, devenu chef d’un groupe révolutionnaire qui veut détruire Mégapolis, va confirmer les intuitions de Gabr et bouleverser sa vie.

Tiraillé entre la violence des terroristes et celle des dirigeants – un petit groupe de voyants privilégiés qui vivent à l’écart des masses –, refusant de causer la mort de milliers d’innocents, mais incapable pourtant d’accepter le mensonge du monde tel qu’il est, Gabr devra trouver sa propre voie pour accéder aux « espaces lointains » où règnent encore la liberté, la beauté et l’infini.

Carte blanche à Bernard Noël

Avec Bernard Noël, Jean-Luc Bayard, Léonard Novarina-Parant, Jean-Luc Parant, Laurine Rousselet, Esther Tellermann & autres invités

Né en 1930, Bernard Noël signe son premier livre Les Yeux chimères, en 1953 et en 1958, Extraits du corps. Ce n’est que dix ans plus tard qu’il publie son troisième ouvrage, La Face de silence. La publication de ces poèmes lui ouvre alors les portes de l’édition où il travaille comme lecteur, correcteur et traducteur. À partir de 1971, Bernard Noël prend la décision de se consacrer entièrement à l’écriture. Il compose ainsi une œuvre majeure, où s’exprime une révolte contre toute tentative de “sensure” – œuvre couronnée du Prix National de la Poésie en 1992, du Prix Max Jacob en 2005, du prix international de poésie Gabriele d’Annunzio.

Salué par Aragon, Mandiargues et Blanchot, son œuvre, immense par son engagement et son exigence, compte près d’une centaine de titres (dont Le Château de Cène, roman érotique qui lui vaut d’être l’un des derniers écrivains français à subir un procès pour outrage aux bonnes mœurs), ainsi que de très nombreux livres d’artistes. Dans le cadre de la Périphérie du 36e Marché de la Poésie À lire – Bernard Noël, Le poème des morts, Fata Morgana, 2017 – La Place de l’autre, Œuvres III, P.O.L., rééd. 2013 – Comédieintime, Œuvres IV, P.O.L., rééd. 2015.