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Catégorie : Roman

Bâtir aussi, Fragments d’un monde révolutionné d’Ateliers de l’Antémonde

2011, les printemps arabes ont donné le ton à d’autres révoltes. Un mouvement mondialisé s’étend, c’est l’Haraka. Les productions industrielles, les États et toutes les hiérarchies vacillent. Des dynamiques populaires s’entrechoquent pour répondre aux nécessités de la survie et dessiner un futur habitable.


2021, les communes libres s’épanouissent sur les ruines du système. Comment vivre avec l’héritage de l’Antémonde ? Comment faire le tri des objets et des savoirs d’une époque aux traces tenaces ? Les haraks dessinent leur quotidien en fonction de leurs ressources et de leurs rêves. Des dynamos aux rites funéraires, des lave-linges aux assemblées, ces nouvelles d’anticipation politique racontent non pas une utopie parachutée, hors-sol, mais des routines collectives qui se confrontent à la matière, à ce qui résiste dans les têtes, bâtissant un monde qui s’espère sans dominations.

Le pavillon des combattantes d’Emma Donoghue

Quand j’ai reçu ce roman et que j’ai lu son résumé, j’y ai vu une plongée dans l’Histoire en miroir avec notre actualité mondiale et une large part de féminisme qui le rendait très intéressant. J’avais déjà entendu parler de l’autrice, qui a précédemment écrit Room, et j’ai donc pensé que cette lecture pourrait sans doute être une excellente idée. Il est sorti en août pour la rentrée littéraire 2021 et je remercie les éditions Presses de la Cité de me l’avoir envoyé.
Résumé …

En pleine pandémie de grippe espagnole, l’ancien monde est en train de s’effondrer. À la maternité, des femmes luttent pour qu’un autre voie le jour. 1918. Trois jours à Dublin, ravagé par la guerre et une terrible épidémie. Trois jours aux côtés de Julia Power, infirmière dans un service réservé aux femmes enceintes touchées par la maladie. Partout, la confusion règne, et le gouvernement semble impuissant à protéger sa population. À l’aube de ses 30 ans, alors qu’à l’hôpital on manque de tout, Julia se retrouve seule pour gérer ses patientes en quarantaine. Elle ne dispose que de l’aide d’une jeune orpheline bénévole, Bridie Sweeney, et des rares mais précieux conseils du Dr Kathleen Lynn – membre du Sinn Féin recherchée par la police. Dans une salle exiguë où les âmes comme les corps sont mis à nu, toutes les trois s’acharnent dans leur défi à la mort, tandis que leurs patientes tentent de conserver les forces nécessaires pour donner la vie.
Mon avis …

Alors que je trouvais que mon année 2021 manquait de coups de coeur, ce roman m’a donné tort. Ce fut une très, très grande claque, et l’une de mes plus belles lectures de ces dernières années. J’ai tellement aimé ce livre qui m’a captivée, tenue en haleine, bouleversée, fait frissonner, émue aux larmes, terrifiée. Je suis passionnée de romans historiques, et d’autant plus quand ils mêlent autant d’émotions que celui-ci. Je l’ai vécu, du début à la fin, et j’espère réussir à lui rendre justice avec mes mots.

Impossible de ne pas voir dans cette histoire un terrible reflet de notre actualité sanitaire. En nous plongeant dans le Dublin de la Grippe Espagnole, au coeur d’un service de maternité de femmes infectées, l’autrice nous renvoie énormément d’éléments de notre quotidien. Cette épidémie a fait plus de mort que la Première Guerre Mondiale (3 à 6% de l’espèce humaine selon les recherches de l’autrice), et il est assez perturbant de constater que ce que nous traversons est loin d’être si exceptionnel, mais surtout de voir les conditions dans lesquelles cette grippe était vécue et traitée. Aucun vaccin à l’époque, et des moyens médicaux bien moins avancés qu’aujourd’hui, qui rendaient l’exercice de la médecine particulièrement compliqué. Nous suivons Julie, une infirmière passionnée, qui se dédie corps et âme pour ses patientes. Passionnée par son métier, elle manque pourtant cruellement de moyens, et doit faire du mieux qu’elle peut avec les armes dont elle dispose.

Nous sommes à l’époque où les femmes luttaient beaucoup pour leurs droits, et ce service de maternité qui reçoit des femmes enceintes et qui voit s’impliquer des femmes infirmières, médecins, sages femmes, est le coeur même de ces combats. On assiste à ces instants de vie aussi beaux que terribles, à ces grossesses qui ne bénéficiaient pas du suivi médical que nous avons désormais, à ces nouveaux-nés qui devaient lutter pour vivre, à ces complications médicales et à ces moments de bonheur suspendus. Ce roman est écrit d’une façon très particulière car il nous fait vivre ces journées en détails, où nous assistons, comme en apnée, à l’évolution des accouchements presque seconde après seconde, où nous souffrons avec les patientes et luttons avec Julie, et où une fois la journée terminée, nous réalisons à quel point ce métier est exigeant.

On a tendance à oublier à quel point l’obstétrique est une spécialité complexe, à quel point aucune grossesse n’est sans danger, et combien la maternité est bien souvent liée à la mort, que ce soit dans le cas de fausses couches, de nourrissons morts-nés ou de décès des mères. A l’époque, c’était encore plus fréquent en raison du suivi des grossesses qui était plus qu’approximatif. Les personnages de ce roman sont d’une grande force et d’une humanité bouleversante. Les notes de l’autrice à la fin du livre nous permettent aussi de comprendre à quel point le roman s’inscrit dans des faits historiques réels. C’est un ouvrage précieux qui m’a aidé à percevoir cette période historique sous un autre angle, celui des soignants qui, sans donner de leur être au combat, luttaient pour en maintenir tant d’autres en vie. Ce livre nous permet aussi de remettre un peu en perspective notre propre vécu, et la chance que nous pouvons avoir de vivre une épidémie à notre époque, dans un pays qui nous permette d’accéder aux soins gratuitement, librement. Il montre à quel point les soignants sont indispensables, à quel point nous devrions tout faire pour alléger leur travail quotidien et il ne fait que mettre en lumière cette dette que la société toute entière a envers eux.

C’est un roman historique passionnant qui est une véritable immersion dans une époque et un contexte de crise sanitaire comme nous pouvons le connaître, mais c’est aussi une lecture aussi riche que difficile, avec certains passages qui sont presque insoutenables. L’autrice nous emporte sans jamais nous lâcher la main et réussit à nous captiver du début à la fin, en proposant ce qui est quasiment un huis-clos. Le pari n’était pas évident, mais c’est à mes yeux une véritable pépite, un livre dont je me souviendrai toujours, et une histoire vraiment marquante. J’aime tellement découvrir des livres qui me transportent à ce point, avec cette certitude que je n’ai rien lu de tel jusqu’à présent. C’est une sensation rare quand on lit beaucoup, et c’est en cela que ce roman est aussi précieux à mes yeux. Si vous êtes sensible à la cause féministe, aux combats des femmes pour leurs droits, si vous aimez les romans historiques et si vous voulez être captivé, et ressentir des milliers d’émotions très fortes, alors ne passez pas à côté de ce roman exceptionnel.

Pour résumer …

L’une de mes plus belles lectures de ces dernières années, qui nous emmène dans le Dublin de la Grippe Espagnole, dans un service de maternité de femmes infectées. C’est un roman historique très riche, très fort, qui nous fait vivre mille émotions et dont l’humanité ne peut que nous bouleverser. Inoubliable.

Pour seul pardon de Thierry Brun

Thomas Asano a trouvé refuge dans une petite ville nichée au pied des Vosges. Ici, la vie y est âpre. Homme à tout faire, il a la réputation d’être travailleur et bon chasseur. Il est surtout décidé à se faire oublier : il a connu Sarajevo et la prison. En liberté conditionnelle, c’est un homme brisé par la culpabilité qui tente de se reconstruire. Son seul souhait, ne plus laisser la violence le submerger. Une vie simple au plus près des forêts, en harmonie avec la nature, traquer le sanglier, faire l’amour à Élise, la fille du patron. Mais, chaque jour il envoie des messages à la femme qui l’a quitté. Celle qui le visite dans ses rêves, celle à qui il parle encore quand les nuits sont trop longues. Pourtant quand le père d’Élise se retrouve en possession d’une livraison de cocaïne qui ne lui est pas destinée, le passé d’Asano le rattrape. Cet homme simple et discret n’a désormais plus le choix. Il redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un homme de guerre. C’est le prix à payer pour protéger Élise.

Un roman noir, sombre et addictif !

Senones a été une ville prospère au carrefour des métropoles du grand Est. Aujourd’hui, elle est marquée par la fermeture des industries et les séquelles de guerre. C’est le terminus des espoirs. À bas bruit, dans cette région abandonnée par les politiques, les règles claniques empiètent sur celles de l’État. Tout le monde se connaît, on va à la chasse ensemble, métayers, élus comme gendarmes. On se débrouille comme on peut pour survivre, quitte à repousser les marges de la loi. Les chantiers de rénovations emploient des sans-papiers, les anciennes fermes et entreprises de filature servent de nurseries aux trafiquants du Haut-du-Lièvre. C’est là que Thomas Asano a décidé de commencer une nouvelle vie…

Il était une fois dans l’Est d’Arpád Soltész

« En Slovaquie, les filles étaient jolies, la gnôle forte, les policiers faibles, les politiciens bon marché et les services secrets aveugles. « 


Fin des années 1990, dans l’est sauvage de la Slovaquie. Veronika, 17 ans, est enlevée par deux hommes alors qu’elle fait du stop. Après l’avoir violée, les deux malfrats prévoient de la vendre à un bordel au Kosovo. Mais lors du transfert, la jeune fille s’échappe, puis porte plainte auprès de la police locale. C’est alors que les choses se compliquent : les kidnappeurs semblent bénéficier de protections haut placées, et l’enquête piétine… Aidée de Pavol Schlesinger, le journaliste qui raconte son histoire, Veronika tente d’échapper aux trois plus grands groupes criminels de l’époque : la police, la justice et les services secrets. Réfugiée dans un hôtel désert à la frontière ukrainienne, elle fait la connaissance du mystérieux Igor, qui l’initie à la fabrication des bombes. Car si elle ne peut obtenir justice, Veronika refuse de laisser impunis ses tortionnaires. Et la vengeance est un plat qui se mange froid… Puisant dans les nombreuses affaires qu’il a pu suivre comme journaliste lorsqu’il couvrait les mafias de l’Est, Arpad Soltesz dresse un tableau noir et âpre des brutales années 1990 et du capitalisme sauvage qui a suivi la chute du communisme.

Le gang de la clef à molette d’Edward Abbey

Révoltés de voir le somptueux désert de l’Ouest défiguré par les grandes firmes industrielles, quatre insoumis décident d’entrer en lutte contre la « Machine ». Un vétéran du Vietnam accroc à la bière et aux armes à feu, un chirurgien incendiaire entre deux âges, sa superbe maîtresse et un mormon nostalgique et polygame commencent à détruire ponts, routes et voies ferrées qui balafrent le désert. Armés de simples clefs à molette – et de dynamite – nos héros écologistes vont devoir affronter les représentants de l’ordre et de la morale lancés à leur poursuite. Commence alors une longue traque dans le désert.
Dénonciation cinglante du monde industriel moderne, hommage appuyé à la nature sauvage et hymne à la désobéissance civile, ce livre subversif à la verve tragi-comique sans égale est le grand roman épique de l’Ouest américain.
Ce classique, vendu à des millions d’exemplaires depuis sa parution au milieu des années 70, est devenu la bible d’une écologie militante et toujours pacifique… ou presque.

Le chien à des choses à vous dire de Jean-Marc Agrati

Premier recueil de Jean-Marc Agrati, Le Chien a des choses à dire est une suite de 24 nouvelles tour à tour poétiques, drôles, grinçantes ou cruelles, toujours décalées. Des histoires dans lesquelles la réalité se prend des crocs-en-jambe futuristico-surréalistes de toute beauté: entre la tendresse, la nostalgie d’un monde perdu où les chiens et les enfants pourraient s’aimer en toute simplicité et la fureur d’un monde virtuel et guerrier qui se construit. Un petit bijou d’humour et d’amour en rêverie prolongée.


Que le personnage soit policier, criminel, clochard, généticien ou chasseur de vampire, l’apocalypse n’est jamais loin et le chien de le quitte pas d’une semelle.


Le Chien a des choses à dire tient du grotesque, de la farce, du macabre. L’imaginaire prend l’époque à bras-le-corps, l’exagération ouvre les portes du bizarre et installe le Chien près des basques d’un Vian ou d’un Ballard.

Colline de Jean Giono

Un débris de hameau où quatre maisons fleuries d’orchis émergent des blés drus et hauts. Ce sont les Bastides Blanches, à mi-chemin entre la plaine et le grand désert lavandier, à l’ombre des monts de Lure. C’est là que vivent douze personnes, deux ménages, plus Gagou l’innocent.
Janet est le plus vieux des Bastides. Ayant longtemps regardé et écouté la nature, il a appris beaucoup de choses et connaît sans doute des secrets. Maintenant, paralysé et couché près de l’âtre, il parle sans arrêt, « ça coule comme un ruisseau », et ce qu’il dit finit par faire peur aux gens des Bastides. Puis la fontaine tarit, une petite fille tombe malade, un incendie éclate. C’en est trop ! Le responsable doit être ce vieux sorcier de Janet. Il faut le tuer…
Dans Colline, premier roman de la trilogie de Pan (Un de Baumugnes, Regain), Jean Giono, un de nos plus grands conteurs, exalte dans une langue riche et puissante les liens profonds qui lient les paysans à la nature.

Le temps qui fait à Middenshot d’Edgar Mittelholzer

À Middenshot, quand le vent cesse enfin de hurler, c’est le tumulte intérieur qui prend le relai. Depuis son accident, quelque chose s’est brisé en Mr. Jarrow. Sa femme aimante et bien vivante, il s’est convaincu qu’elle était morte, alors il ne s’adresse à elle que lors de séances de spiritisme. Sa fille, en passe de devenir vieille fille, supporte toutes ses manies en se berçant d’illusions sur les intentions de son voisin : Mr. Holme. Et ce monde déjà bancal est menacé : un tueur fou rode à Middenshot. Pour lui échapper, il faudra aux personnages s’aventurer au-delà du bien et du mal.

Roman dément, Le temps qu’il fait à Middenshot est une comédie noire terrifiante. Enveloppé par le vent, le brouillard et la neige, le lecteur pétrifié et amusé se délecte d’un récit tout en tension posant une redoutable question : quel est notre rapport à la violence?

Né en Guyane britannique, l’actuelle Guyana, Edgar Mittelholzer (1909-1965) est un auteur métis. Découvert, après des années d’infortune, par Leonard Woolf, le mari de Virginia, Edgar Mittelholzer est le premier écrivain caribéen à avoir connu un succès en Europe. Mais rien n’apaise la haine de soi de celui qui se sent rejeté pour sa couleur de peau. De controverses en dépressions et face aux, déjà, prégnantes questions identitaires, il finit par se suicider en 1965.

Les ombres de Wojciech Chmielarz

 » Les années passent, mais la police polonaise ne change pas. Elle est toujours comme les trois singes. « 

Dans ce dernier volet des aventures de l’inspecteur Mortka, le Kub règlera enfin ses comptes avec l’ombre maléfique qui plane sur Varsovie, le boss Borzestowski. Et pour ce faire, il devra faire le ménage parmi quelques collègues ripoux…
Récemment, le cadavre d’un gangster disparu dans des circonstances mystérieuses six ans plus tôt a été retrouvé par l’inspecteur Kochan, ex-partenaire d’enquêtes de Jacub Mortka, dit le Kub.
Quelques jours plus tard, la femme et la fille du gangster sont retrouvées mortes, abattues avec l’arme de Kochan. Flic et mari violent, ce dernier ne trouve pas grand monde pour le défendre et décide de se planquer. Il appelle tout de même Mortka, qui ne croit pas à la culpabilité de son collègue et va donc s’efforcer de trouver la vérité en travaillant discrètement. Pendant ce temps, la Sèche, la jeune adjointe du Kub, découvre sur une clé USB la vidéo du viol collectif d’un jeune garçon où figurent des politiciens de haut rang.
Si elle révèle ce film à sa hiérarchie, elle sait que l’affaire sera étouffée, vu la stature des hommes impliqués. Mortka et la Sèche décident de s’entraider – ils ne savent pas encore que leurs enquêtes sont liées et qu’ils feront face à la mort en essayant de résoudre ces crimes. Et au centre de tout, il y a Borzsestowski, le grand requin du crime organisé à Varsovie…

Prix du meilleur polar de l’année en Pologne.

Espace lointain de Jaroslav Melnik

Traduit du lituanien par Margarita Leborgne

À Mégapolis, ville-monde peuplée d’aveugles, seul « l’espace mitoyen » existe. Les habitants se déplacent grâce aux multiples capteurs électro-acoustiques qui jalonnent l’espace, et dont ils sont entièrement dépendants. Un beau jour, Gabr recouvre la vue. Il découvre avec répulsion l’aspect sordide de « l’espace mitoyen » : un enchevêtrement de métal où déambulent des êtres en haillons. Terrifié par ce qu’il prend pour des hallucinations, il se rend au ministère du Contrôle où on lui diagnostique une psychose des « espaces lointains » avant de lui promettre de le guérir. Mais Gabr est saisi par le doute : et si ce qu’il percevait n’étaient pas des hallucinations, mais bien la réalité ? Et si ses yeux n’étaient pas un organe secondaire, mais un organe sensoriel soudain réveillé ? Sa rencontre avec Oksas, un ex- voyant dont le ministère a détruit la vue, devenu chef d’un groupe révolutionnaire qui veut détruire Mégapolis, va confirmer les intuitions de Gabr et bouleverser sa vie.

Tiraillé entre la violence des terroristes et celle des dirigeants – un petit groupe de voyants privilégiés qui vivent à l’écart des masses –, refusant de causer la mort de milliers d’innocents, mais incapable pourtant d’accepter le mensonge du monde tel qu’il est, Gabr devra trouver sa propre voie pour accéder aux « espaces lointains » où règnent encore la liberté, la beauté et l’infini.