Zone Temporaire Noétique

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Catégorie : Poésie

Anna & moi d’Adelheid Duvanel

Après Délai de grâce, premier recueil traduit en français de l’auteure suisse disparue en 1996, nous continuons la découverte de cette oeuvre majeure. Publié en 1985 chez l’éditeur munichois Luchterhand Literaturverlag, Anna und ich explorait déjà avec une inventivité radicale la forme courte. Souvent un peu plus longs que ceux du recueil précédent, les petites proses d’Anna & moi présentaient déjà peu ou prou les ingrédients qui allaient asseoir l’auteure bâloise parmi les noms essentiels de la forme courte : extrême précision de la formule, des personnages « différents », une émotion toute en réserve, une apparente simplicité qui dissimule un travail de polissage forcené…

Mes désirs ou mes appréhensions, par exemple, se dissimulent en un rien de temps dans les objets et les animent.

L’ami d’un poète, saoul, qui passe à travers une vitre. Une nourrice dont l’époux déteste l’enfant qu’on lui a confié et qu’elle aime. Une mère qui rêve toujours d’un avenir radieux pour son fils alcoolique. Les êtres qu’Adelheid Duvanel parvient à saisir en quelques traits sont certes « étranges », « affaiblis », « inaptes », mais, quel que soit le vocable sous lequel on cherche à nommer leur différence, leur histoire éveille inévitablement en nous la sensation d’un connu commun. Comme si, par la magie de sa prose, elle parvenait à rejoindre au fin fond de l’expression la plus précise des êtres les plus « en marge » cette infime mais si belle essence que nous partageons tous. Comme si ces monades, ces petites histoires suspendues au bord d’un abîme, fonctionnaient comme de redoutables machines à créer de l’empathie.

Troublé comme quelqu’un qui a vu de ses propres yeux une fleur boire l’eau d’un verre en quelque secondes, il se leva et quitta la femme pour prendre le bateau et retourner sur son île. Là, il dit à son perroquet : « J’ai fait un détour ».

Ni conte, ni fable, ni roman, ni nouvelles, ces miniatures ne ressemblent à rien de connu. Mais c’est dans ce rien que tout se joue…

Mais il se passe à présent quelque chose d’inattendu : des phrases qui affluent se soulèvent des mots qui, deux par deux, s’élancent vers le ciel où ils s’immobilisent sous formes de lettres de feu.

Derrière le fleuve de Joël Bastard

Journal écrit durant l’hivernage de 2005 à Ségou Koura au Mali. L’auteur a vécu deux mois dans ce village au bord du fleuve Niger, à l’écoute du grand Jégi (griot). C’est ainsi que l’on nomme là-bas le fleuve des fleuves. On peut entendre sa voix dans ‘Bakofè’ (derrière le fleuve, en bambara) paru chez Al Manar en 2009.

Derrière le fleuve

Les silenciaires d’Annie Cohen

Poème, fugue, cantate, prière, Annie Cohen se livre ici à un exercice d’admiration pour les silenciaires qui accompagnent son oeuvre. Le moine errant, Benoît Joseph Labre, Augustin Lesage, le peintre médiumnique, Alfred Nakache, le nageur d’Auschwitz, Bram Van Velde, peintre de l’attente, Bambi, la transsexuelle, silenciaire de chair, et, entre tous, Robert de Guelma, le père, devant la dernière porte. Point d’orgue à une oeuvre littéraire et graphique tournée vers l’invisible et le silence, ce texte constitue un paysage intime et exaltant.

Les silenciaires

Le moins du monde de Guy Viarre

Ce livre a très probablement été rédigé durant l’été 2001, soit quelques mois seulement avant le suicide de l’auteur. Contrairement à la plupart des écrits de Guy Viarre, nous n’en connaissons qu’une seule version, sous la forme d’un tapuscrit relié, retrouvé dans les papiers du poète à Tarbes. Cet ouvrage est à n’en pas douter l’une des extrémités de l’œuvre de Guy Viarre. La fragmentation de la langue, la crispation du sens, l’épuisement du poème, déjà présents dans les livres précédents, arrivent ici à leur comble. Cela fait de Le Moins du monde un livre déroutant, dont la lecture pourra être jugée « difficile ». Il n’en demeure pas moins que ce poème éclaté, qui annonce à sa manière une terrible défaite, reste le témoin poignant d’une expérience hors du commun, aux limites de ce que peut un homme, avec sa langue, et contre elle. À la lisière d’un impossible – celui que fréquentait Guy Viarre dans les derniers mois de sa vie.

Le moins du monde

Méditations photographiques sur l’idée simple de nudité d’Emmanuel Hocquard

Ce livre contient soixante-seize propositions sur la nudité. Ce sont autant de poèmes, mais à la manière d’Emmanuel Hocquard, c’est-à-dire sans aucune affectation poétique et cependant tout entièrement dans le langage, ses pièges, ses contre-sens, ses impasses.

Méditations photographiques sur l’idée simple de nudité