Zone Temporaire Noétique

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La déraison sanitaire d’Alexandra Laignel-Lavastine

Le Covid-19 et le Culte de la vie par-dessus tout

Jamais l’humanité n’avait été mieux armée médicalement face à une épidémie ; jamais elle ne se sera montrée aussi désarmée moralement. Pourquoi ? Vu l’amplitude de la crise qui s’annonce, nous ferions bien de nous interroger car nos descendants nous demanderont des comptes.

L’argument sanitaire a prévalu d’emblée. Mais serions-nous vraiment prêts à assumer le risque, hautement déraisonnable d’un point de vue civilisationnel, d’une réduction de l’homme à la « vie nue » (Walter Benjamin) ? Vers quelle tyrannie de la santé peut bien nous mener « l’État care » fantasmé par nos politiques et depuis quand ces derniers se donnent-ils pour ambition messianique de sauver les vivants ?

« Nous sommes grandioses, nous avons choisi la vie ! ». Et si le Coronavirus venait au contraire nous rappeler une vérité capitale : la vie au sens du bios est l’alpha, pas l’oméga.

À ce propos, aurait-on omis de méditer cet autre paradoxe du printemps 2020 : le jour, on souscrivait massivement au principe selon lequel la vie serait la valeur suprême. Le soir, on applaudissait en cœur un corps médical qui, par son sacrifice et son dévouement, nous démontrait d’une certaine façon l’inverse. Qu’ont-ils gagné en retour ? Rien, hormis la confirmation de leur qualité d’homme. C’est-à-dire tout. Voilà ce que notre sensibilité post-tragique ne parvient plus à comprendre.

L’impératif « Sauvons des vies ! » nous aurait-il collectivement hébétés ?

L’inde ancienne au chevet de nos politiques de Jean-Joseph Boillot

L’Inde ancienne au chevet de nos politiques – L’art de la gouvernance selon l’Arthashâstra de KautyliEcrit il y a plus de vingt-cinq siècles, l’Arthashâstra propose une véritable doctrine de l’Etat, moderne, bienveillant et efficace. Kautilya, surnommé le Machiavel indien, porteur d’un conservatisme éclairé, y défend autant le-bien-être du peuple que l’autorité de son Roi. De cet immense traité, Jean-Joseph Boillot a extrait, traduit et adapté les grands principes de la bonne gouvernance. Parfaitement intemporelles, les questions qu’il aborde sont parfois même d’une étonnante actualité. Comment choisir ses ministres et mettre à l’épreuve leur moralité ? Comment assurer la sécurité des biens et des personnes ? Quel soin porter aux finances publiques et en prévenir les détournements ? Quelle place accorder à la justice ? Qu’est-ce que la souveraineté de l’Etat ? Alors que les grandes démocraties occidentales souffrent d’une profonde crise de gouvernance, que leurs dirigeants et leurs programmes ne sont plus capables d’enrayer la montée des populismes, le citoyen trouvera peut-être un peu de réconfort et le politique un peu d’inspiration à la lecture de l’un des plus grands traités de l’Inde ancienne.

Tiger d’Eric Richer

À Xian, dans un futur proche, Xujin s’occupe d’un refuge pour enfants arrachés à la rue et aux réseaux de prostitution, tandis que l’ombre d’Os de tigre, vieille chamane vengeresse, hante la nuit. En Russie, Esad, un trafiquant russe un peu perdu, tombe amoureux d’une jeune prostituée chinoise, Tiger, et tente de la sauver. En fuite, il arrive au refuge accompagné d’un adolescent qui est parvenu à s’échapper du camion où il était retenu prisonnier. Cette arrivée perturbe durablement l’équilibre du lieu et fait peser sur lui une grave menace.

Tiger est une histoire de corps et d’exil. Après La Rouille, Éric Richer poursuit sa double exploration de la faillite de l’amour et de sa possibilité. L’ensemble des personnages semblent n’être que des corps meurtris, des corps objets, marchandises censées donner ou recevoir une forme d’amour physique. Ces corps deviennent des armes au sens propre, des outils, sortent de leur dimension marchande pour faire justice ou protéger, et finissent chacun à leur manière par accéder à une forme d’amour et de paix.

Roman noir porté par une langue implacable mêlée de tendresse et de violence, Tiger est une plongée dans les marges de la Chine contemporaine, une folle histoire d’amour et de consolation, qui interroge, au milieu du chaos, de la violence et de la corruption, la possibilité d’un refuge.

Du silence de David Le Breton

Les usages sociaux et culturels accordent à la parole et au silence une alternance qui varie d’un lieu à l’autre et d’une personne à l’autre. Cependant, face au silence les uns éprouvent un sentiment de recueillement, de bonheur tranquille, tandis que d’autres s’en effraient et cherchent dans le bruit ou la parole une manière de se défendre de la peur.


« Soudain paraît un anthropologue singulier, David Le Breton, jusqu’alors interrogateur du corps socialisé, de l’expressivité des visages, de la douleur et des maux de la chair , qui parle d’abondance du silence. Et qui s’étonne lui-même d’avoir conçu tant de phrases sur  » une étoffe de silence ». » Georges Balandier, Le Monde.

Anna & moi d’Adelheid Duvanel

Après Délai de grâce, premier recueil traduit en français de l’auteure suisse disparue en 1996, nous continuons la découverte de cette oeuvre majeure. Publié en 1985 chez l’éditeur munichois Luchterhand Literaturverlag, Anna und ich explorait déjà avec une inventivité radicale la forme courte. Souvent un peu plus longs que ceux du recueil précédent, les petites proses d’Anna & moi présentaient déjà peu ou prou les ingrédients qui allaient asseoir l’auteure bâloise parmi les noms essentiels de la forme courte : extrême précision de la formule, des personnages « différents », une émotion toute en réserve, une apparente simplicité qui dissimule un travail de polissage forcené…

Mes désirs ou mes appréhensions, par exemple, se dissimulent en un rien de temps dans les objets et les animent.

L’ami d’un poète, saoul, qui passe à travers une vitre. Une nourrice dont l’époux déteste l’enfant qu’on lui a confié et qu’elle aime. Une mère qui rêve toujours d’un avenir radieux pour son fils alcoolique. Les êtres qu’Adelheid Duvanel parvient à saisir en quelques traits sont certes « étranges », « affaiblis », « inaptes », mais, quel que soit le vocable sous lequel on cherche à nommer leur différence, leur histoire éveille inévitablement en nous la sensation d’un connu commun. Comme si, par la magie de sa prose, elle parvenait à rejoindre au fin fond de l’expression la plus précise des êtres les plus « en marge » cette infime mais si belle essence que nous partageons tous. Comme si ces monades, ces petites histoires suspendues au bord d’un abîme, fonctionnaient comme de redoutables machines à créer de l’empathie.

Troublé comme quelqu’un qui a vu de ses propres yeux une fleur boire l’eau d’un verre en quelque secondes, il se leva et quitta la femme pour prendre le bateau et retourner sur son île. Là, il dit à son perroquet : « J’ai fait un détour ».

Ni conte, ni fable, ni roman, ni nouvelles, ces miniatures ne ressemblent à rien de connu. Mais c’est dans ce rien que tout se joue…

Mais il se passe à présent quelque chose d’inattendu : des phrases qui affluent se soulèvent des mots qui, deux par deux, s’élancent vers le ciel où ils s’immobilisent sous formes de lettres de feu.

L’homme qui savait parler la langue des serpents d’Andrus Kivirähk

L’Homme qui savait la langue des serpents raconte l’histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sour qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, de son oncle qu’il aimait tant, d’une jeune fille qui croyait en l’amour, d’un sage qui ne l’était pas tant que ça, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui chassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’australopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons un peu épouvantés par tout ce qui précède.

Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d’un souffle inspiré des sagas scandinaves, L’Homme qui savait la langue des serpents révèle l’humour et de l’imagination franchement délirante d’Andrus Kivirähk. Le roman retrace dans une époque médiévale réinventée la vie peu banale d’un jeune homme qui, vivant dans la forêt, voit le monde de ses ancêtres disparaître et la modernité l’emporter. Une fable ? Oui, mais aussi un regard ironique sur notre propre époque. L’Homme qui savait la langue des serpents a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2014.

Andrus Kivirähk est un écrivain estonien né en 1970 à Tallinn. Véritable phénomène littéraire dans son pays, romancier, journaliste et essayiste, il est l’auteur d’une ouvre déjà importante qui suscite l’enthousiasme tant de la critique que d’un très large public, qui raffole de ses histoires. Andrus Kivirähk écrit des romans et des nouvelles, des pièces de théâtres, des textes et des scénarios de films d’animation pour enfants.

La passion du futur de Srećko Horvat

La passion du futur – Manifeste pour un mouvement de libération mondial
« Que les romans de Margaret Atwood redeviennent des fictions ! » La crise inédite inaugurée par le XXIe siècle – migratoire, écologique, politique, financière – a largement effrité le socle de nos libertés individuelles et des idéaux démocratiques. Il faut agir, mais quelles sont les options face à une société de contrôle qui étouffe toute forme de solidarité au profit de l’ordre et des intérêts financiers ? Que faire, lorsque les mobilisations traditionnelles, y compris les manifestations de masse, restent sans effet ? En s’inspirant de l’exemple de l’île de Vis, en Croatie, bastion des Partisans pendant la Seconde Guerre mondiale – ou comment, même aux heures les plus sombres de l’Histoire, une poignée de résistants peut faire basculer le destin d’un pays –, Srećko Horvat nous offre un véritable manuel de résistance et d’action populaire. Et si un autre monde était possible ? Il est urgent de nous libérer de nos chaînes : La poésie du futur nous ouvre la voie.
« Une vision percutante et facile d’accès, une urgente nécessité. » Noam Chomsky

La semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes de Michèle Audin

Mai 1871, légendes et comptes.

« Il ne s’agit pas de se jeter des crimes et des cadavres à la tête, mais de considérer ces êtres humains avec respect, de ne pas les laisser disparaître encore une fois. »

La guerre menée par le gouvernement versaillais de Thiers contre la Commune de Paris s’est conclue par les massacres de la « Semaine sanglante », du 21 au 28 mai.
Cet événement a été peu étudié depuis les livres de Maxime Du Camp (1879) et Camille Pelletan (1880).
Des sources, largement inexploitées jusqu’ici, permettent de découvrir ou de préciser les faits.
Les archives des cimetières, que Du Camp a tronquées et que Pelletan n’a pas pu consulter, celles de l’armée, de la police, des pompes funèbres permettent de rectifier quelques décomptes : dans les cimetières parisiens et pour la seule Semaine sanglante, on a inhumé plus de 10 000 corps. Auxquels il faut ajouter ceux qui ont été inhumés dans les cimetières de banlieue, qui ont brûlé dans les casemates des fortifications, et dont le décompte ne sera jamais connu, et ceux qui sont restés sous les pavés parisiens, exhumés jusqu’en 1920…

Avec cette étude implacable, Michèle Audin, grande connaisseuse de la Commune de Paris, autrice de Josée Meunier 19, rue des Juifs (Gallimard) et Eugène Varlin, ouvrier-relieur (Libertalia), rouvre un dossier brûlant.

À l’ère de la surveillance numérique

Avec l’Affaire Snowden, le scandale Cambridge Analytica, ou encore les révélations des Spy Files par Wikileaks, j’ai pris conscience que mes activités sur internet étaient surveillées. J’ai beau le savoir, je ne fais pas grand-chose pour l’éviter. Dans ma tête, c’est comme si c’était le prix à payer pour aller sur internet. Je continue à poster mes coups de gueule sur Facebook, je consulte Twitter plusieurs fois par jour, je commande des pizzas sur internet et je fais des milliers de recherches sur google. Mais à cause de l’épidémie de Covid19, quasiment toute ma vie, sociale et professionnelle, passe par mon ordinateur ou mon smartphone. Depuis le premier confinement, les questions se bousculent dans ma tête sans que j’arrive à les ignorer : que sont les données numériques ? Que révèlent-elles sur moi ? Qui les surveille et à quoi peuvent-elles servir ? Dans quelle mesure cette surveillance numérique est-elle problématique ? J’ai donc retroussé mes manches et, armé de mes livres, mon micro et mon clavier, j’ai décidé de mener l’enquête pour comprendre ce qu’il en était.

Une série documentaire d’Antoine Tricot, réalisée par Rafik Zenine sur France Culture

Épisode 1 :
Le capitalisme de surveillance
Le 29/03/2021
Smartphone, Sites Web, Objets connectés, tous récoltent des données sur ma vie privée. Mais à qui et à quoi ces données servent-elles ? Et finalement cette…

Épisode 2 :
Géopolitique de la surveillance numérique
Le 30/03/2021
Depuis quelques temps, je regarde mon portable Huawei d’un œil soucieux. Et si les services secrets chinois s’en servaient pour m’espionner ? Ou bien les…

Épisode 3 :
Dans les allées de la safe city
Le 31/03/2021
Même lorsque je n’utilise pas mon smartphone ou mon ordinateur, mon visage, ma démarche, mes déplacements sont scrutés par des caméras intelligentes qui…

Épisode 4 :
Échapper à la surveillance
Le 01/04/2021
Un maquillage anti-reconnaissance faciale, une technique de camouflage pour mes recherches sur le web, une formation en chiffrement de données, je ne recule…