Du cap aux grèves de Barbara Stiegler

By notaz / On / In Lus, Philosophie, Sciences humaines

Récit d’une mobilisation. 17 novembre 2018 – 17 mars 2020

Malgré le naufrage et la multiplication des alertes, le cap est à ce jour inchangé : c’est l’adaptation de toutes les sociétés au grand jeu de la compétition mondiale. Une marée de gilets jaunes a pourtant surgi sur le pont, bientôt rejointe par d’innombrables mutineries pour défendre les retraites, l’éducation et la santé. Reste, pour aller du cap aux grèves, à conjurer l’obsession du programme et du grand plan, qui paralyse l’action. Et à passer de la mobilisation virtuelle des écrans à la réalité physique des luttes et des lieux.

À travers le récit de son propre engagement, Barbara Stiegler dit la nécessité de réinventer notre mobilisation là où nous sommes, en commençant par transformer les endroits précis et concrets de nos vies.

La transparence selon Irina de Benjamin Fogel

By notaz / On / In Digital_Livres, Lus, Roman

2058 : le monde est entré dans l’ère de la transparence. Les données personnelles de chacun sont accessibles en ligne publiquement. Il est impossible d’utiliser Internet sans s’authentifier avec sa véritable identité. Pour préserver leur intimité, un certain nombre de gens choisissent d’évoluer sous pseudonyme dans la vie réelle.
Sur le réseau, Camille, 30 ans, vit sous l’emprise intellectuelle d’Irina Loubowsky, une essayiste controversée qui s’intéresse à l’impact de la transparence sur les comportements humains. Dans la réalité, Camille se fait appeler Dyna Rogne et cultive l’ambiguïté en fréquentant un personnage trouble appelé U.Stakov, aussi bien que Chris Karmer, un policier qui traque les opposants à Internet. Mais Karmer est assassiné. Entre cette mort brutale et le mystère qui entoure Irina, Camille remet en question sa réalité mais reste loin de soupçonner la vérité.

Sur le peu de révolution de Bernard Noël & Michel Surya

By notaz / On / In La Commune, Lus, Politique

Ancienne, abondante, la correspondance entre les deux auteurs de ce livre porte sur beaucoup de sujets. Sur la littérature le plus souvent. Mais sur la politique aussi, ou, on le verra, plutôt que sur la politique, sur la révolution, la première étant d’un bout à l’autre mesurée par eux à l’aune de l’espérance et de l’attente de la seconde.
Aussi bien, est-ce la partie que ceux-ci ont choisi d’isoler, prélever et reproduire ici, sans égard pour tout ce que chacune de leurs lettres pouvait contenir d’autre, recomposant quelque chose comme un échange, un dialogue, un entretien politique-révolutionnaire au long des années, de 1991 à 2019.
Leurs oeuvres respectives et les événements en cours sont ainsi abordés avec complicité, complicité politique incluant le partage d’indignations, de désirs, de doutes et d’espoirs.

Le silence des livres de George Steiner

By notaz / On / In Essais, Lus

George Steiner : Philosophe, essayiste et romancier né à Paris en 1929. Ses parents, d’origine juive viennoise, lui donnèrent une éducation polyglotte et l’initièrent très tôt aux grands textes classiques : il n’avait pas six ans que son père lui transmettait son goût du grec ancien en lui faisant croire qu’un des passages les plus éblouissants de l’Iliade n’était pas traduit en allemand. C’était la naissance d’un des grands lecteurs du XXe siècle.

Pour quiconque connaît l’œuvre de Steiner, son amour du livre est incontestable. Néanmoins une question le taraude : Pourquoi l’Occident, malgré la culture, a-t-il produit la barbarie ? Dans un premier temps, George Steiner relate l’histoire du livre, son évolution technique (tablette d’argile, papyrus ou papier), son importance dans le destin de l’Occident : la Bible en est évidemment la référence centrale, aussi bien que les grands fondamentaux, d’Aristote à la philosophie contemporaine ; enfin, la littérature et l’Âge d’or du livre.

George Steiner s’intéresse ensuite à ceux qui semblent avoir voulu la fin du livre, au nom de la supériorité de la transmission orale, des charmes d’une innocence rousseauiste ou de l’utopie révolutionnaire. Enfin, il aborde les nouvelles menaces : la censure, les nouvelles technologies, la révolution électronique qui creuse davantage encore le fossé entre littérature du savoir et littérature du pouvoir.

La réponse de Michel Crépu, Ce vice encore impuni, met en lumière cette relation de désir au livre, d’amour du sens inépuisable, et l’éventualité d’une fin, la peur, voire la haine. Il en résulte une expérience très paradoxale de la vulnérabilité du livre : ce qu’on éprouve, c’est la puissance de cette fragilité. C’est l’expérience même de la lecture qui est en jeu.

Mythocratie d’Yves Citton

By notaz / On / In Essais, Politique

Storrytelling et imaginaire de gauche

Comment comprendre le « pouvoir doux » (soft power) que mobilisent nos sociétés mass-médiatiques pour conduire nos conduites, pour nous gouverner ? Comment en infléchir les opérations pour en faire des instruments d’émancipation ? Cet ouvrage tente de répondre à ces questions en croisant trois approches. Il synthétise d’abord le nouvel imaginaire du pouvoir qui fait de la circulation des flux de désirs et de croyances la substance propre du pouvoir. Il se demande ensuite ce que peut un récit, et en quoi les ressources du storytelling, qui ont été récemment accaparées par des idéologies réactionnaires, peuvent être réappropriées pour des politiques émancipatrices. Au carrefour des pratiques de narration et des dispositifs de pouvoir, il essaie surtout de définir un type d’activité très particulier : la scénarisation. Mettre en scène une histoire, articuler certaines représentations d’actions selon certains types d’enchaînements, c’est s’efforcer de conduire la conduite de celui qui nous écoute – c’est tenter de scénariser son comportement à venir. C’est ce pouvoir de scénarisation, tel qu’il s’exerce au Journal de 20 heures ou dans la publicité, mais aussi dans nos conversations quotidiennes, qui décide du résultat des élections, des emballements boursiers, des montées du racisme, des contagions d’indignation ou de l’invention collective d’autres mondes possibles. Cet essai tente d’en baliser les contours généraux et d’en suggérer des usages émancipateurs.

Luttez

By notaz / On / In Citation

« L’occupant procède au deuxième acte de votre extermination.

N’ayez pas  inconsciemment à la mort.

Défendez-vous.

Prenez une hache, une pince-monseigneur, un couteau, barricadez votre maison.

Ne les laissez pas vous capturer comme ça !

En combattant, vous avez une chance de survivre.

Luttez. »

Document des Archives Ringelblum, 426, Ring II/333 Mf/ ZIH-802 ; USHMM-57 (traduit du polonais par Ian Zdanowicz)

Black box society, les algorithmes secrets qui contrôlent l’économie et l’information de Frank Pasquale

By notaz / On / In Digital_Livres, Lus

Capturées, compilées, archivées, nos données personnelles et nos traces numériques sont silencieusement injectées dans le coeur du Big Data. Des algorithmes cachés influencent nos choix, statuent sur notre solvabilité, jugent de notre employabilité, prédisent nos actions ou, tout simplement, nous surveillent. Les géants de la Silicon Valley et de la finance donnent des verdicts algorithmiques qui jouent un rôle central dans nos vies et décident du sort des start-ups, des innovateurs et de toute l’économie.

Dans Black Box Society, Frank Pasquale dresse le portrait effrayant d’un monde ténébreux où la neutralité n’est qu’un mythe. Au terme de plus de dix ans d’enquête, il soulève le couvercle des boîtes noires et révèle comment des intérêts puissants, privés et gouvernementaux, abusent du secret commercial, trahissent notre confiance et tirent d’immenses profits de la manipulation algorithmique.

Face à l’urgence citoyenne et politique de réagir, l’auteur propose des méthodes pour apporter de la transparence à cette société de la boîte noire qui contrôle nos vies et conditionne notre futur.

Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande de Raoul Vaneigen

By notaz / On / In Essais, Lus, Sciences humaines

« Je n’ai rien à dire à quelqu’un qui n’est pas écœuré par la lavasse des vieilleries remises à neuf, par le brouet dont se nourrissent depuis des siècles nos cultures, nos gestes et nos mœurs, par le harcèlement d’une éducation permanente qui s’emploie avec un zèle frénétique à nous désapprendre à vivre. »

« Cela fait, depuis le Mouvement des occupations de mai 1968, que je passe – y compris aux yeux de mes amis – pour un indéracinable optimiste, à qui ses propres rengaines ont tourné la tête. Pourquoi mon attachement viscéral à la liberté s’encombrerait-il de raison et de déraison, de victoires et de défaites, d’espoirs et de déconvenues, alors qu’il s’agit seulement pour moi de l’arracher à chaque instant aux libertés du commerce et de la prédation, qui la tuent, et de la restituer à la vie dont elle se nourrit ?
J’ai à l’endroit du sens humain la même confiance. »

À la ligne: Feuillets d’usine de Joseph Ponthus

By notaz / On / In Lus, Roman

A la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer. Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de boeufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.