Zone Temporaire Noétique

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Catégorie : Sciences humaines

Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande de Raoul Vaneigen

« Je n’ai rien à dire à quelqu’un qui n’est pas écœuré par la lavasse des vieilleries remises à neuf, par le brouet dont se nourrissent depuis des siècles nos cultures, nos gestes et nos mœurs, par le harcèlement d’une éducation permanente qui s’emploie avec un zèle frénétique à nous désapprendre à vivre. »

« Cela fait, depuis le Mouvement des occupations de mai 1968, que je passe – y compris aux yeux de mes amis – pour un indéracinable optimiste, à qui ses propres rengaines ont tourné la tête. Pourquoi mon attachement viscéral à la liberté s’encombrerait-il de raison et de déraison, de victoires et de défaites, d’espoirs et de déconvenues, alors qu’il s’agit seulement pour moi de l’arracher à chaque instant aux libertés du commerce et de la prédation, qui la tuent, et de la restituer à la vie dont elle se nourrit ?
J’ai à l’endroit du sens humain la même confiance. »

Se défendre, une philosophie de la violence d’Elsa Dorlin

En 1685, le Code noir défendait « aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons » sous peine de fouet. Au XIXe siècle, en Algérie, l’État colonial interdisait les armes aux indigènes, tout en accordant aux colons le droit de s’armer. Aujourd’hui, certaines vies comptent si peu que l’on peut tirer dans le dos d’un adolescent noir au prétexte qu’il était « menaçant ».
Une ligne de partage oppose historiquement les corps « dignes d’être défendus » à ceux qui, désarmés ou rendus indéfendables, sont laissés sans défense. Ce « désarmement » organisé des subalternes pose directement, pour tout élan de libération, la question du recours à la violence pour sa propre défense.
Des résistances esclaves au ju-jitsu des suffragistes, de l’insurrection du ghetto de Varsovie aux Black Panthers ou aux patrouilles queer, Elsa Dorlin retrace une généalogie de l’autodéfense politique. Sous l’histoire officielle de la légitime défense affleurent des « éthiques martiales de soi », pratiques ensevelies où le fait de se défendre en attaquant apparaît comme la condition de possibilité de sa survie comme de son devenir politique. Cette histoire de la violence éclaire la définition même de la subjectivité moderne, telle qu’elle est pensée dans et par les politiques de sécurité contemporaines, et implique une relecture critique de la philosophie politique, où Hobbes et Locke côtoient Frantz Fanon, Michel Foucault, Malcolm X, June Jordan ou Judith Butler.

Pister les créatures fabuleuses de Baptiste Morizot

Qui sont les animaux, notamment les loups, mais aussi les grizzlys ou les ours polaires ? Que savons-nous d’eux ? Sont-ils des créatures de contes pour enfants ? Leur sont-ils réservés ? Dans cet ouvrage passionnant, Baptiste Morizot remonte la piste de la longue histoire par laquelle la modernité, notre époque, a construit sa représentation des animaux. L’idée d’ « animal » qui semble si évidente n’est-elle pas au fond une chimère, comme le dragon ou le yéti ? L’animal qui existe dans notre esprit est bien éloigné des vrais animaux qui courent encore, en liberté, et qui méritent qu’on aille les pister, décrypter leurs traces et empreintes pour les découvrir, les comprendre et apprendre à partager la terre avec eux.
Pour l’auteur, pister les grands prédateurs revient à faire attention à toute forme de vie. Baptiste Morizot, philosophe, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille, consacre ses travaux aux relations entre l’humain et le vivant. Il est l’auteur du livre « Les diplomates, Cohabiter avec les loups sur une nouvelle carte du vivant »(Wildproject Editions) et « Sur la piste animale » (Acte Sud).

Habiter en oiseau de Vinciane Despret

Qu’est-ce que serait un territoire du point de vue des animaux ? Vinciane Despret mène l’enquête auprès des ornithologues.

Car ce qui l’intéresse surtout, c’est d’observer la naissance et le développement de l’intérêt que les scientifiques portent aux oiseaux.

Où l’on voit alors que, plus on étudie les oiseaux, plus les choses se compliquent. De nouvelles manières de faire territoire apparaissent, bien plus complexes que les ornithologues ne pouvaient l’imaginer. Et si ces manières n’étaient que du spectacle, des parades dont personne n’est vraiment dupe ? Et si ce n’était qu’un jeu, pour “faire semblant” ? Et si l’on prêtait attention au fait que les territoires sont toujours collés les uns aux autres ? Ne seraient-ils pas, alors, une façon pour les oiseaux de continuer à vivre ensemble en étant autrement organisés ?

Sous la plume de Vinciane Despret, oiseaux et ornithologues deviennent intensément vivants et extrêmement attachants. À l’issue de ce livre, on ne devrait plus considérer la notion de territoire comme allant de soi. Et l’on n’entendra peut-être plus de la même façon les oiseaux chanter.

Un fauteuil sur la Seine d’Amin Maalouf

En 1629, ils n’étaient qu’une petite dizaine d’amis que leur amour commun des lettres réunissait aussi régulièrement que discrètement, jusqu’à ce que le cardinal de Richelieu apprenne leur existence. L’Académie française sera fondée en 1634 et c’est Pierre Bardin qui occupera le premier le fauteuil numéro vingt-neuf. Il n’y siégera que quatorze mois, puisqu’il se noiera dans la Seine, « ce qui lui vaut le triste privilège d’être le premier immortel à mourir ». Ainsi commence le livre d’Amin Maalouf qui, avec son formidable talent de conteur et son immense culture, brosse l’histoire parfois oubliée, voire ignorée, de ceux qui le précédèrent au vingt-neuvième fauteuil de l’Académie française. Si la notoriété de tous n’arriva pas jusqu’à nous, chacun fut célèbre en son temps et « le témoin précieux et éphémère d’une histoire qui le dépasse, et nous dépasse tous ». Parmi les dix-huit sociétaires, des noms prestigieux, comme le cardinal de Fleury, Claude Bernard, Ernest Renan, Henry de Montherlant et Claude Lévi-Strauss.

Le Mythe de la Machine de Lewis Mumford

« Le propos de ce livre est de remettre en question aussi bien les postulats que les projections sur lesquels repose notre attachement aux formes actuelles du progrès scientifique et technique, envisagées comme des fins en soi. Je contesterai, preuves à l’appui, les théories les plus répandues sur les fondements de la nature humaine en ce qu’elles surestiment le rôle joué autrefois par les outils – et maintenant par les machines – dans le développement de l’humanité. »

« Les générations précédentes s’illusionnaient déjà en associant sans justification le progrès mécanique au progrès moral. Mais nos contemporains, qui ont pourtant de bonnes raisons de rejeter la présomption victorienne selon laquelle la maîtrise de la machine améliorerait toute création humaine, ne s’acharnent pas moins, avec une ferveur maniaque, à développer sans fin la science et les techniques, comme si par magie d’elles seules dépendait le salut de l’humanité. C’est parce que notre assujettissement à la science et à la technique résulte d’une interprétation profondément erronée du cours de l’humanisation qu’il importe d’abord de revisiter les principales étapes de l’histoire de l’homme, des origines à nos jours. »

L’antifascisme de Mary Bray

Un inquiétant bruit de bottes résonne à nouveau partout en Europe et en Amérique, marquant la fin d’une période de latence que d’aucuns ont interprétée comme une victoire contre le fascisme. Héritiers de la résistance contre Mussolini et Hitler pendant les années 1920 et 1930, les antifascistes, eux, n’ont jamais baissé la garde et ont bâti une longue tradition de lutte contre l’extrême droite que chacun d’entre nous gagnerait à mieux connaître aujourd’hui.

Dans cette captivante enquête, Mark Bray donne un aperçu unique de l’intérieur de ce mouvement et écrit une histoire transnationale de l’antifascisme depuis la Seconde Guerre mondiale. Rédigé à partir d’entretiens menés avec des antifascistes du monde entier, L’antifascisme. Son présent, son passé et son avenir dresse la liste des tactiques adoptées par le mouvement et en analyse la philosophie. Il en résulte un éclairant portrait de cette résistance méconnue, souvent mythifiée, qui lutte sans relâche contre le péril brun.

mythe et pensée chez les grecs de jean-pierre vernant

Salué dès sa parution en 1965 comme un événement majeur, ce recueil de textes de Jean-Pierre Vernant, aujourd’hui professeur honoraire au Collège de France, a été régulièrement réimprimé et traduit en plusieurs langues. Vite devenu un classique, cet ouvrage, enrichi de nouveaux textes, montre à l’œuvre l’originale méthode de l’auteur. « Nos études, précise-t-il dans la préface à l’édition de 1985, ont pour matière les documents sur lesquels travaillent les spécialistes, hellénistes et historiens de l’Antiquité. Notre perspective, cependant, est autre. Qu’il s’agisse de faits religieux (mythes, rituels, représentations figurées), de philosophie, de science, d’art, d’institutions sociales, de faits techniques et économiques, toujours nous les considérons en tant qu’œuvres créées par des hommes, comme expression d’une activité mentale organisée. À travers ces œuvres, nous recherchons ce qu’a été l’homme lui-même, cet homme grec ancien qu’on ne peut séparer du cadre social et culturel dont il est à la fois le créateur et le produit.

Le temps des passions tristes de Francois Dubet

Nous vivons un temps de passions tristes. Ce moment s’explique par le creusement des inégalités, mais surtout par la transformation de leur nature. La souffrance sociale n’est plus vécue comme une épreuve appelant des luttes collectives, mais comme une série d’injustices personnelles, discriminations, expériences du mépris, mises en cause de la valeur de soi. Ne pouvant désigner les adversaires à combattre, les individus sont emportés par un ressentiment dont se nourrissent les populismes de tous bords. Le régime des inégalités multiples engendre une société de la colère. Nous y sommes. Il faut la comprendre, pour être capables de résister aux vertiges de l’indignation.

Eloge de la diversité d’Olivier Bouba-Olga

Alors que le débat public est dominé par les discours sur la métropolisation, cet ouvrage propose une autre lecture des dynamiques territoriales, à partir de travaux de recherche menés pendant deux ans sur cinq territoires français. La capacité de création de richesses et d’emplois ne se limite pas à quelques métropoles, des opportunités de développement existent sur de nombreux territoires, encore faut-il repérer les ressources spécifiques qui y sont localisées, s’interroger sur le positionnement des entreprises dans des chaînes de valeur de plus en plus fragmentées, prendre acte du poids de l’histoire ainsi que de l’importance des dynamiques démographiques. Il ne s’agit donc plus de rechercher le modèle générique de développement économique, mais de se nourrir de la diversité des territoires français et de mettre en ceuvre les politiques publiques adaptées aux problèmes spécifiques qu’ils rencontrent.