Manifeste des espèces compagnes de Donna Haraway

By notaz / On / In Lus, Philosophie, Sciences humaines

Ce livre propose un pari audacieux : prendre notre relation avec les chiens au sérieux et apprendre «une éthique et une politique dévolues à la prolifération de relations avec des êtres autres qui comptent». Car la catégorie des espèces compagnes est bien plus vaste que celle des animaux de compagnie, elle inclut en effet le riz, les abeilles, la flore intestinale, les tulipes… «Vivre avec les animaux, investir leurs histoires et les nôtres, essayer de dire la vérité au sujet de ces relations, cohabiter au sein d’une histoire active : voilà la tâche des espèces compagnes.» Pas de grands récits, donc, mais des histoires, dont le but est avant tout, dit Donna Haraway, de mettre des bâtons dans les roues au projet humain d’écrire seuls cette histoire. Des histoires d’amour, mais également de pouvoir, de conflits raciaux et d’idéologies coloniales, des histoires qui aident à élaborer des manières positives de vivre avec toutes les espèces qui sont apparues comme nous sur cette planète.
Quelle est notre capacité humaine à construire des relations d’altérité qui ne soient pas marquées par des rapports de domination, mais par des relations de respect, d’affection, d’amour — sans qu’il s’agisse d’anthropocentrisme ou d’anthropomorphisme? Voilà l’une des questions centrales que soulève ce livre devenu incontournable.

Du cap aux grèves de Barbara Stiegler

By notaz / On / In Lus, Philosophie, Sciences humaines

Récit d’une mobilisation. 17 novembre 2018 – 17 mars 2020

Malgré le naufrage et la multiplication des alertes, le cap est à ce jour inchangé : c’est l’adaptation de toutes les sociétés au grand jeu de la compétition mondiale. Une marée de gilets jaunes a pourtant surgi sur le pont, bientôt rejointe par d’innombrables mutineries pour défendre les retraites, l’éducation et la santé. Reste, pour aller du cap aux grèves, à conjurer l’obsession du programme et du grand plan, qui paralyse l’action. Et à passer de la mobilisation virtuelle des écrans à la réalité physique des luttes et des lieux.

À travers le récit de son propre engagement, Barbara Stiegler dit la nécessité de réinventer notre mobilisation là où nous sommes, en commençant par transformer les endroits précis et concrets de nos vies.

Se défendre, une philosophie de la violence d’Elsa Dorlin

By notaz / On / In Lus, Philosophie, Sciences humaines

En 1685, le Code noir défendait « aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons » sous peine de fouet. Au XIXe siècle, en Algérie, l’État colonial interdisait les armes aux indigènes, tout en accordant aux colons le droit de s’armer. Aujourd’hui, certaines vies comptent si peu que l’on peut tirer dans le dos d’un adolescent noir au prétexte qu’il était « menaçant ».
Une ligne de partage oppose historiquement les corps « dignes d’être défendus » à ceux qui, désarmés ou rendus indéfendables, sont laissés sans défense. Ce « désarmement » organisé des subalternes pose directement, pour tout élan de libération, la question du recours à la violence pour sa propre défense.
Des résistances esclaves au ju-jitsu des suffragistes, de l’insurrection du ghetto de Varsovie aux Black Panthers ou aux patrouilles queer, Elsa Dorlin retrace une généalogie de l’autodéfense politique. Sous l’histoire officielle de la légitime défense affleurent des « éthiques martiales de soi », pratiques ensevelies où le fait de se défendre en attaquant apparaît comme la condition de possibilité de sa survie comme de son devenir politique. Cette histoire de la violence éclaire la définition même de la subjectivité moderne, telle qu’elle est pensée dans et par les politiques de sécurité contemporaines, et implique une relecture critique de la philosophie politique, où Hobbes et Locke côtoient Frantz Fanon, Michel Foucault, Malcolm X, June Jordan ou Judith Butler.

Tous centaures, éloge de l’hybridation de Gabrielle Halpern

By notaz / On / In Lus, Management, Philosophie

Le monde autour de nous se métamorphose ; ce que nous étiquetions autrefois sans l’ombre d’un doute devient mêlé, autre, nouveau. Jour après jour, nos dispositifs les plus anodins l’attestent : un téléphone n’est plus seulement un téléphone, il est aussi un appareil-photo, une télévision, un réveille-matin. Pour Gabrielle Halpern, cela participe d’une mutation plus générale : les cultures, les villes, les entreprises, les identités, les modes de travail et de consommation, la politique, les stratégies, les genres, les êtres humains sont désormais sous le signe du composite, du contradictoire. En un mot, tout s’hybride. 

Or, nous avons toujours pensé ce qui existe sur le mode de l’identité. En dehors de la figure antique, monstrueuse, du centaure, l’hybride a été le grand refoulé de l’histoire de la pensée occidentale. D’où un diagnostic : le malaise, la tentation de revenir à une réalité plus homogène – les réseaux sociaux qui créent des « bulles filtrantes » –, à des identités plus « pures » – la résurgence des nationalismes et des populismes – que connaissent aujourd’hui nos sociétés découlent en droite ligne de notre aveuglement à l’égard des centaures. De notre incapacité à les penser. À penser, tout court ?

La société de transparence de Byung-Chul Han

By notaz / On / In Lus, Philosophie, Sociologie

Nous sommes entrés dans l’ère de la transparence, qui semble bien structurer désormais tous les aspects de notre vie – du collectif à l’individuel, du politique à l’intime. Naît alors un carcan dans lequel les choses sont lissées, intégrées sans résistance dans les flux de la communication et dépouillées de leurs singularités. Comme sur un marché, tout est exposé, réduit à son
prix, privé de récit. Les corps eux-mêmes sont dénués de sens ; les visages perdent leur scénographie ; le temps est atomisé. Nous voilà dans un « enfer de l’identique », où les informations se succèdent sans combler le vide permanent dont nous sommes prisonniers, et où nous n’avons d’autre issue que de liker pour approuver.

Ne tolérant aucune faille, la société de transparence nous confronte à un choix : être visible ou être suspect. L’homme peut-il encore s’échapper de cette société de contrôle total ?

Le Mythe de la Machine de Lewis Mumford

By notaz / On / In Essais, Lus, Philosophie, Sciences humaines

« Le propos de ce livre est de remettre en question aussi bien les postulats que les projections sur lesquels repose notre attachement aux formes actuelles du progrès scientifique et technique, envisagées comme des fins en soi. Je contesterai, preuves à l’appui, les théories les plus répandues sur les fondements de la nature humaine en ce qu’elles surestiment le rôle joué autrefois par les outils – et maintenant par les machines – dans le développement de l’humanité. »

« Les générations précédentes s’illusionnaient déjà en associant sans justification le progrès mécanique au progrès moral. Mais nos contemporains, qui ont pourtant de bonnes raisons de rejeter la présomption victorienne selon laquelle la maîtrise de la machine améliorerait toute création humaine, ne s’acharnent pas moins, avec une ferveur maniaque, à développer sans fin la science et les techniques, comme si par magie d’elles seules dépendait le salut de l’humanité. C’est parce que notre assujettissement à la science et à la technique résulte d’une interprétation profondément erronée du cours de l’humanisation qu’il importe d’abord de revisiter les principales étapes de l’histoire de l’homme, des origines à nos jours. »

Manières d’être vivant de Baptiste Morizot

By notaz / On / In Essais, Lus, Philosophie

Enquêtes sur la vie à travers nous

Imaginez cette fable : une espèce fait sécession. Elle déclare que les dix millions d’autres espèces de la Terre, ses parentes, sont de la “nature”. À savoir : non pas des êtres mais des choses, non pas des acteurs mais le décor, des ressources à portée de main. Une espèce d’un côté, dix millions de l’autre, et pourtant une seule famille, un seul monde. Cette fiction est notre héritage. Sa violence a contribué aux bouleversements écologiques. C’est pourquoi nous avons une bataille culturelle à mener quant à l’importance à restituer au vivant. Ce livre entend y jeter ses forces. En partant pister les animaux sur le terrain, et les idées que nous nous faisons d’eux dans la forêt des savoirs. Peut-on apprendre à se sentir vivants, à s’aimer comme vivants ? Comment imaginer une politique des interdépendances, qui allie la cohabitation avec des altérités, à la lutte contre ce qui détruit le tissu du vivant ? Il s’agit de refaire connaissance : approcher les habitants de la Terre, humains compris, comme dix millions de manières d’être vivant.

La résolution des problèmes de Gilbert Simondon

By notaz / On / In Lus, Philosophie

Qu’est-ce qu’un problème ? Qu’est-ce qu’une solution ? Toute innovation est-elle vraiment inventive ?

« Un problème existe dès qu’une conduite finalisée rencontre un obstacle à sa réalisation. » C’est dire si les problèmes ne sont pas seulement d’ordre cognitif. Il y a conduite intelligente « partout où peut être mise en oeuvre une activité d’intégration, et particulièrement dans la perception ». L’étude des relations de l’homme aux objets (de l’infiniment petit jusqu’au cosmos) fait apparaître le rôle régulateur de l’affectivité dans les conduites finalisées. La perception, en elle-même, est résolution de problèmes pour le vivant dans son milieu, dans la mesure où l’objet quelconque est tendanciellement perçu comme organisme.

Mais quand y a-t-il résolution de problème amenant un vrai progrès, sur le plan de la culture, dans les réalisations objectives de la culture ? C’est en examinant les conditions de possibilité de l’intelligence inventive que celle-ci peut être clairement distinguée de la pensée dite créative. À défaut d’une telle distinction, et même s’il faut admettre que, pour inventer, les recettes n’existent pas, on risque fort de ne pouvoir reconnaître les signes d’un vrai progrès, jusque dans la pensée philosophique elle-même, qui possède « un statut majeur de pensée inventive réelle ».

Spinoza et nous d’Antonio Negri

By notaz / On / In Lus, Philosophie

Au début des années 1980, alors qu’il est incarcéré sous le coup d’accusations politiques extrêmement graves (dont, heureusement, il sera par la suite démontré la totale inanité), Antonio Negri, qui est à la fois un universitaire renommé et un militant d’extrême gauche, se met à travailler à un livre sur Spinoza. Ce texte, écrit dans des conditions difficiles, entre les quatre murs d’une cellule, ce sera L’Anomalie Sauvage, publié en France en 1982 avec une triple préface de Gilles Deleuze, de Pierre Macherey et d’Alexandre Matheron.


Presque trente ans après, que reste-t-il de cette lecture « hérétique » de Spinoza dont Negri s’attache à enraciner la généalogie dans les événements de 1968 ? Quelles avancées ont-elles été produites dans le domaine des études spinoziennes ? Et comment faire dialoguer une fois encore l’Éthique avec notre propre actualité, alors même que les conditions qui sont les nôtres semblent au contraire nous éloigner toujours davantage de ce « court XXe siècle » dont 1968 semble avoir fait partie de droit ?
À travers une série de textes prononcés sous la forme de conférences et d’interventions au cours de ces dernières années, Antonio Negri s’attache tout à la fois à dresser le bilan d’un certain spinozisme, à expliquer la fortune de la lignée interprétative dont il fait partie – et qui le place sous l’ombre portée d’autres figures de la recherche philosophique (Deleuze, Matheron) avec lesquelles il ne cesse de dialoguer à distance –, et à relancer certains points de débat à la hauteur de notre propre actualité.
La notion d’ontologie, le dialogue de la pensée de Spinoza avec les sciences humaines et sociales, le rapport extrêmement complexe entre le spinozisme et la pensée de Heidegger, la définition de ce que peut être une philosophie de l’immanence, la possibilité d’une lecture politique de l’Éthique : autant de thèmes sur lesquels il s’agit de revenir afin de faire, une fois encore, valoir l’extraordinaire richesse de la pensée « anormale » et « sauvage » du philosophe d’Amsterdam.

Règles pour le parc humain de Peter Sloterdijk

By notaz / On / In Lus, Philosophie

En juillet 1999, en prononçant un discours sur Heidegger et sa Lettre sur l’humanisme, Peter Sloterdijk déclenche une vive
polémique. Quel est l’objet du scandale ? Son constat : l’humanisme est mort en 1945. Si une nation ne repose plus sur une fiction politique, d’inspiration humaniste, pour souder ses citoyens, quelle gestion des hommes ? D’ailleurs, note le philosophe, la « domestication de l’être humain constitue le grand impensé face auquel l’humanisme a détourné les yeux depuis l’Antiquité » ; « le simple fait de s’en apercevoir suffit à se retrouver en eau profonde ».
Avec ses Règles pour le parc humain, Peter Sloterdijk incite à penser la condition humaine qui vient avec l’anthropotechnologie.
Quelques mois plus tard, il prononce à Paris un deuxième discours dans lequel il développe ses positions : La Domestication de l’Être. Il y poursuit sa réflexion sur les conditions et le mystère de l’irruption de l’humanité, et la voie que celle-ci peut suivre vers un apprivoisement d’elle-même.

PETER SLOTERDIJK, philosophe allemand né en 1947, est l’auteur d’une oeuvre importante, notamment : Sphères (I, Bulles ; II, Globes : macrosphérologie ; III, Écumes : sphérologie plurielle).