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Catégorie : Philosophie

Dans l’œil du crocodile de Val Plumwood

En février 1985, la philosophe écologiste Val Plumwood survécut – contre toute probabilité – à une attaque de crocodile dans le parc national de Kakadu, en Australie.

Aux yeux de Plumwood, qui s’inspire sur ce point des récits mythologiques des Aborigènes australiens et des Égyptiens de l’Antiquité, le crocodile est un trickster, une créature qui juge sévèrement la prétention des êtres humains à s’extraire du cycle de la vie.

Inachevé au moment du décès de l’autrice, ce récit est complété par quatre essais touchant à notre rapport alimentaire au vivant : sur la mort d’un wombat, sur l’ontologie végane, sur le film Babe : le cochon devenu berger, et sur la vie dans nos cimetières.

Dans l’œil du crocodile n’est pas seulement un récit de survie, c’est aussi une réflexion unique sur le sens de nos vies humaines, de nos combats et de notre mort.

Une grande leçon de vie sur la vulnérabilité et sur la cohabitation.

Val Plumwood (1939-2008) est une philosophe écoféministe. Son oeuvre, constituée de trois livres et de plus de 80 articles, forme une contribution majeure à la philosophie féministe comme à la pensée écologiste.

Les origines de la pensée grecque de Jean-Pierre Vernant

« L’ambition n’était pas de clore le débat par une étude exhaustive mais de le relancer […]. J’ai tenté de retracer les grandes lignes d’une évolution qui, de la royauté mycénienne à la cité démocratique, a marqué le déclin du mythe et l’avènement de savoirs rationnels […]. Quelle est l’origine de la pensée rationnelle en Occident ? Comment est-elle née dans le monde grec ? »
En quoi consiste le miracle grec ? Quelles sont les innovations ayant marqué ce que nous appelons la pensée grecque et pourquoi se sont-elles produites dans ce monde grec ? Le mérite de Jean-Pierre Vernant est de réaliser une synthèse personnelle et accessible sur un sujet controversé où s’affrontent de nombreux hellénistes. Publié en 1962 dans la collection « Mythes et religions », dirigée par Georges Dumézil, l’auteur a lui-même, à l’occasion d’une réédition parue vingt-cinq ans plus tard, réactualisé dans une longue préface certaines de ses interprétations.

Le magnétisme des solstices de Michel Onfray

Ce journal, tenu au fil de ces dernières années, est une plongée dans l’univers de Michel Onfray. On y croise des philosophes qu’il admire, de Diogène à Proudhon en passant par Montaigne. Mais on y parle aussi de politique, de laïcité et d’anarchisme, de littérature, d’art ou de musique. Lectures personnelles, réflexions sur l’actualité, rencontres amicales ou souvenirs d’enfance, tout y est matière à s’étonner et à penser. Et à se demander sans relâche : « Comment mener une vie philosophique ? »

Spinoza de Giuseppe Rensi

Baruch Spinoza, tout le monde le connaît, mais qui oserait se lancer dans une explication de sa pensée ? Giuseppe Rensi l’a fait ! Avec une grande clarté, il expose les concepts et théories spinozistes.
Pour ce faire, il se glisse dans la peau du penseur pour en communiquer le point de vue essentiel. Il pose après lui les grandes questions métaphysiques, toujours d’actualité : Qu’est-ce que l’être ? ; Quelle perception avons-nous de la réalité ? ; La nouveauté existe-t-elle ?
Rensi nous propose une réflexion philosophique à part entière en livrant son interprétation personnelle des apports du penseur hollandais. Le souci pédagogique de l’auteur, son recours à des images et des analogies, son enthousiasme même, dynamisent et rendent actuelle la pensée de Spinoza.

Fragments Mécréants de Daniel Bensaïd

Réédition d’un livre épuisé de Daniel Bensaïd, de 2005. Où celui-ci ne se contente pas d’analyser les effets des replis communautaires et des retours du religieux ; où il en appelle, de façon prémonitoire, à la nécessité d’une laïcité irrécupérable, parce qu’athée. Le livre d’un mécréant résolu.

Lors de la première édition de ce livre a paru en 2005, Daniel Bensaïd le présentait ainsi :

« La multiplication d’incidents racistes (antisémites ou arabophobes), appels, pétitions, dessine une spirale mortifère. En quête de frontières introuvables, l’Union européenne invoque ses racines chrétiennes. Désintégration sociale et désespérance politique alimentent le repli sur des identités mythiques, exclusives et vindicatives, religieuses, ethniques, ou communautaires.
Affolé par les « invasions barbares » d’une société en miettes, le pouvoir politique prétend faire d’une République imaginaire, vidée de ses forces fondatrices, une ligne Maginot illusoire. Les pouvoirs religieux cherchent à réinvestir l’espace public en réactivant les « valeurs » les plus traditionnelles.
[…] L’Être éternel, la quête des origines, tendent à prendre le pas sur les incertitudes du devenir et l’ouverture des possibles. Les résistances à l’universalité marchande, aux nouvelles dominations impériales, à l’uniformisation culturelle, les résistances hésitent entre de nouvelles formes de solidarité et un déchaînement de la guerre des dieux.
[…] Quelles pourraient être les sources aujourd’hui d’une « laïcité militante » (qui ne soit pas l’alibi de la Raison d’État) et d’un athéisme athée (ou révolutionnaire) ?
[…] Il ne s’agit pas d’une thèse académique, mais bien de « fragments mécréants » (inspirés de faits divers, de controverses, de luttes, de textes et de livres) pour une mosaïque future
. »

Pourquoi republier ce livre, douze après sa première parution ? Parce qu’il est l’un des meilleurs de Daniel Bensaïd, allègre, tranchant, ne négligeant rien de ce qui se passait alors et qui change tout, très vite, changements difficiles à mesurer mais tous faits, si l’on n’y prend pas garde, pour éloigner la pensée de situations inédites, imprévues, fatales. Il s’agit à chaque page de ce livre que la pensée ne soit pas dessaisie, et qu’elle continue de documenter et constituer l’action qu’en militant autant qu’en intellectuel Bensaïd vise et poursuit (même si c’est par un intellectuel bien plus que par un militant que ce livre a été écrit, et bien écrit – où il s’adonne au libre plaisir de la littérature, qu’il aimait).

Surtout, parce que ce livre est de la nécessité la plus grande aujourd’hui. Montre-t-on, à gauche de la gauche, dans son ancien parti même, des pudeurs regrettables, rechignant à nommer ce qui se passe et à dire comment y réagir ? Se divise-t-on même sur l’analyse qu’il y a lieu d’en faire (partageant les torts, oui, mais les tenant pour presque égaux) ? Veut-on qu’on se prive du droit, chèrement acquis, de rire des dieux, de les blasphémer, par égard pour ceux qui croient ? Lui, pas, qui tranche, qui anticipe ; qui anticipe si bien sur ce qui est depuis survenu (les attentas), et qui s’impose partout, que la position qu’il prend par avance vaut pour la position qu’il est pressant de soutenir aujourd’hui. Celle de la mécréance – auquel il en appelle dès le titre –, d’une mécréance de principe, celle de l’athéisme.

Position qu’il soutient sans ambages ni inutiles précautions oratoires : contre la « quête pathologique des origines », et « une revanche de la filiation sur la citoyenneté », une « une relance et un approfondissement de la mécréance, un corps à corps profane avec nos fétiches cachés, une critique implacable de la tentation de croire ».

« Si un étudiant catholique créationniste refuse de souiller ses oreilles par un cours blasphématoire sur Darwin, si un étudiant fondamentaliste juif se sent écorché par un cours non moins blasphématoire sur l’excommunié Spinoza, et si un étudiant musulman ne supporte pas la poésie de Baudelaire, qu’ils aillent se faire bénir ailleurs. Acquis de haute lutte, le droit de lire Spinoza et Darwin, Sade et Baudelaire, Flaubert et Bukowski, est désormais imprescriptible. »

Daniel Bensaïd est l’auteur d’une œuvre très abondante. Son dernier livre paru, posthume : Octobre 17. Un retour critique sur la révolution russe (préface de Sophie Wahnich), Lignes, 2017

le Mal qui vient de Pierre-Henri Castel

Ce bref essai procède d’une idée à première vue insupportable : le temps est passé où nous pouvions espérer, par une sorte de dernier sursaut collectif, empêcher l’anéantissement prochain de notre monde. Le temps commence donc où la fin de l’humanité est devenue tout à fait certaine dans un horizon historique assez bref – autrement dit quelques siècles.
Que s’ensuit-il ? Ceci, d’également insupportable à concevoir : jouir en hâte de tout détruire va devenir non seulement de plus en plus tentant (que reste-t-il d’autre si tout est perdu ?), mais même de plus en plus raisonnable.
La tentation du pire, à certains égards, anime d’ores et déjà ceux qui savent que nous vivons les temps de la fin. Sous ce jour crépusculaire, le Mal, la violence et le sens de la vie changent de valeur et de contenu. Pierre-Henri Castel explore ici quelques paradoxes de ce nouvel état de fait, entre argument philosophique et farce sinistre.
Êtes-vous prêts pour la fin du monde ?

Pierre-Henri Castel est philosophe, historien des sciences, et psychanalyste.

Sur la piste animale de Basptiste Morizot

Depuis les forêts du Yellowstone aux crêtes du Kirghizstan, des steppes du Haut-Var à la terrasse de son appartement, Baptiste Morizot nous invite à partir sur les traces d’êtres hors du commun, souvent mythifiés : les grands prédateurs – ours, loups, panthères des neiges…
À travers différents récits de pistage, l’auteur nous propose ainsi de nous « enforester », selon l’expression des coureurs de bois du Grand Nord canadien : porter son attention sur le vivant simultanément autour de nous et en nous, et apprendre à cohabiter avec lui.
Page après page, le pistage repeuple la nature, et notre monde intérieur.

Réparons le monde, Humains, animaux, nature de Corine Pelluchon

Notre capacité à relever le défi climatique et à promouvoir plus de justice envers les autres, y compris envers les animaux, suppose un remaniement profond de nos représentations sur la place de l’humain dans la nature. Prendre au sérieux notre vulnérabilité et notre dépendance à l’égard des écosystèmes permet de saisir que notre habitation de la Terre est toujours une cohabitation avec les autres. Ainsi, l’écologie, la cause animale et le respect dû aux personnes vulnérables sont indissociables, et la conscience du lien qui nous unit aux autres vivants fait naître en nous le désir de réparer le monde.

Fragments recomposés d’Héraclite

Cette nouvelle édition commentée des Fragments d’Héraclite est le fruit d’un travail totalement iné-dit. Alors que les éditions de référence (Hermann Diels en 1922 et Walter Kranz en 1934), comme celle de Jean Bollack et Heinz Wismann, se limitaient à les présenter selon un ordre alphabétique arbitraire, Marcel Conche procède ici à un mouvement d’ensemble du concret vers l’abstrait. Après des règles de méthodes viennent ainsi des lois universelles, puis les réalités elles-mêmes : le monde, les âmes, la cité… Le schéma eût sans doute fait sourire Héraclite (ce qui n’eût pas été marque de désaveu), mais il rappelle qu’un fragment ne doit pas être interprété seul, et que les Fragments sont avant tout le reflet d’un système achevé en constante redéfinition.

Je est un nous de Jean-Philippe Pierron

Enquête philosophique sur nos interdépendances avec le vivant

Pour répondre à la question « qui suis-je », nous ne cessons de raconter des histoires.

Et parmi celles-ci, il y a nos liens à un animal, un arbre, une rivière ou des matières. Dire je, c’est exprimer combien nous sommes reliés à la nature par d’innombrables capillarités secrètes. Jean-Philippe Pierron mène l’enquête auprès de philosophes et penseurs de l’écologie. Souvent, la rencontre d’un animal ou d’un paysage a été le catalyseur de leur engagement, comme si une brèche poétique et sensible s’était ouverte en eux, permettant une nouvelle manière de se penser, d’agir et de sentir, comme si elle avait inauguré un style d’engagement, vivant humain parmi les vivants. Partant de ces constats, il invite chacun à faire retour poétiquement sur sa propre expérience, mettant au jour la dimension écobiographique de sa vie.

Il interroge les conditions sociales et culturelles qui empêchent d’ordinaire de les évoquer, y trouvant une des raisons de la crise de nos liens avec la nature. Cet ouvrage travaille à l’expression des prémisses d’une transformation radicale, en vue de relations plus équilibrées et vivantes avec la nature.