Lettre à Ménécée de Epicure

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Le secret du bonheur ? C’est ce que promet Epicure dans la Lettre à Ménécée. N’ayons peur ni des dieux, ni de la mort, ni de la douleur ou de la mauvaise fortune. Recherchons le plaisir, parce qu’il est conforme à la nature. Mais pour ce faire, nous devons nous libérer des idées fausses que produisent en nous les préjugés, les opinions courantes ou les croyances superstitieuses. Il faut donc recourir à la raison et à l’exercice pour suivre la nature. Telle est précisément la tâche de la philosophie : elle définit la discipline rationnelle nécessaire au bonheur. La Lettre à Ménécée, texte fondateur de l’épicurisme, exercera une influence décisive dans l’Antiquité comme dans la pensée moderne et contemporaine : sur le poète romain Lucrèce – qui fait l’objet de notre dossier -, mais aussi sur tous ceux qui revendiquent une éthique réconciliant le plaisir et la raison.

Le despotisme démocratique d’Alexis de Tocqueville

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… la crainte du désordre et l’amour du bien-être [portent] insensiblement les peuples démocratiques à augmenter les attributions du gouvernement central, seul pouvoir qui leur paraisse de lui-même assez fort, assez intelligent, assez stable pour les protéger contre l’anarchie. J’ai à peine besoin d’ajouter que toutes les circonstances particulières qui tendent à rendre l’état d’une société démocratique troublé et précaire augmentent cet instinct général et portent, de plus en plus, les particuliers à sacrifier à leur tranquillité leurs droits. Un peuple n’est donc jamais si disposé à accroître les attributions du pouvoir central qu’au sortir d’une révolution longue et sanglante qui, après avoir arraché les biens des mains de leurs anciens possesseurs, a ébranlé toutes les croyances, rempli la nation de haines furieuses, d’intérêts opposés et de factions contraires. Le goût de la tranquillité publique devient alors une passion aveugle, et les citoyens sont sujets à s’éprendre d’un amour très désordonné pour l’ordre. […] La première des causes accidentelles qui, chez les peuples démocratiques, peuvent attirer dans les mains du souverain la direction de toutes les affaires, c’est l’origine de ce souverain lui-même et ses penchants. A. de T.

Note sur la suppression générale des partis politiques de Simone Weil

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Ce réquisitoire balaie d’un revers de main la démocratie telle qu’elle a cours. Et, ose-t-on ajouter, telle qu’elle a encore cours. Son argumentation repose sur des réflexions philosophiques qui traitent de l’organisation idéale de la collectivité en démocratie, notamment le Contrat social de Rousseau. La raison seule est garante de la justice, et non les passions, nécessairement marquées par l’individualité. Or, les partis, puisqu’ils divisent, sont animés par les passions en même temps qu’ils en fabriquent. Pour Weil, un parti comporte potentiellement, dans sa lutte pour le pouvoir, un caractère totalitaire. Ils défendent leurs intérêts propres au détriment du bien public. Il faut se garder comme de la lèpre de ce mal qui ronge les milieux politiques mais aussi la pensée tout entière. Contre les passions collectives, elle brandit l’arme de la raison individuelle.

Rédigé en 1943, ce texte propose un système fondé sur l’affinité et la collaboration de tous, un hymne à la liberté individuelle capable de s’exprimer dans le cadre d’une collectivité.

La piraterie dans l’âme : Essai sur la démocratie de Jean-Paul Curnier

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Démocratie et piraterie : pourquoi un tel rapprochement ? On aurait plutôt tendance à penser que la piraterie, monde des hors-la-loi, du crime et du pillage, est à l’exact opposé de la démocratie qui incarnerait, elle, le triomphe du droit. Que font donc ici, associés, les représentants respectifs de la morale et de l’immoralité ? On savait, depuis quelque temps déjà, et par les historiens, qu’au XVIIIe siècle, époque de son apogée aux îles Caraïbes, la piraterie se dotait d’une forme d’organisation assez exemplaire de ce que nous mettons sous le mot démocratie. Ce seul point méritait que l’on réfléchisse plus avant sur le sens d’un emprunt aussi inattendu. II fallait donc aller chercher plus loin la nature de cette association que dans la seule motivation des pirates : non plus du côté de la piraterie mais du côté de la démocratie cette fois-ci, de son histoire et de sa nature profonde. L’argument qu’avance ce livre procède d’un renversement complet de nos habitudes de penser. II tient en ceci : si la piraterie s’est faite si spontanément démocratique, c’est en réalité parce que c’est la démocratie qui a, en son essence, à voir avec la piraterie, avec la prédation et l’extorsion, et non l’inverse. C’est parce qu’elle a, en quelque sorte, la piraterie dans l’âme. Et cela, depuis ses origines jusqu’à nos jours.

Quelle sorte de créatures sommes-nous ? de Noam Chomsky

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Qui sommes-nous ? Que pouvons-nous savoir ? Que nous est-il permis d’espérer ? En réfléchissant à ces trois questions classiques, Noam Chomsky présente dans cet essai un tour d’horizon de l’ensemble de sa pensée.

Revenant sur sa conception du langage et de l’esprit, puis de la société et de la politique, Noam Chomsky conclut son brillant exposé par un plaidoyer pour ce qu’il appelle le « socialisme libertaire », qu’il lie à l’anarchisme et aux idées de John Dewey, ainsi qu’à certaines des convictions de Marx et de Mill.

Cet ouvrage regroupe des cours que Chomsky a donnés à l’université Columbia en linguistique, en sciences cognitives et en philosophie politique, dans le cadre d’un cycle de conférences intitulé les « John Dewey Lectures ».

L’utilité de l’inutile: manifeste de Nuccio Ordine

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Ces dernières années les humanités ont été, d’un commun accord à l’échelle mondiale, marginalisées, écartées non seulement des programmes scolaires, mais par-dessus-tout considérées comme quantité négligeable par les états ainsi que par les organismes privés aptes à les financer. Leur argument ? Pourquoi donner de l’argent à des domaines inutiles, c’est-à-dire ne produisant pas un profit immédiat ? A quoi bon, particulièrement dans un contexte de crise économique, gaspiller des ressources en soutenant des savoirs qui n’apporteront pas un retour sur investissement immédiat ?
Nuccio Ordine offre un plaidoyer bref et brillant pour les humanités.

La philosophie comme manière de vivre de Pierre Hadot

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Ces entretiens nous révèlent le parcours intellectuel surprenant du philosophe Pierre Hadot. Né en 1922 à Reims dans une famille très catholique, il fait ses études au séminaire avant d’être ordonné prêtre, état qu’il quitte en 1952. Dès lors, il se consacre entièrement à ses recherches philosophiques, étudiant notamment la mystique de Plotin. Titulaire de la Chaire de Patristique latine à l’EPHE, il s’impose très vite comme l’un des plus grands spécialistes du stoïcisme ancien et du néoplatonisme. Revenant au fil des entretiens sur ses choix de carrière, il dresse le portrait critique des deux univers qu’il a fréquentés successivement : le monde ecclésiastique des années 30 à 50 et le milieu universitaire français.

Exercices Spirituels. Leçons de la philosophie antique d’Xavier Pavie

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Toute la philosophie antique est exercice spirituel, c’est-à-dire une pratique destinée à transformer, en soi-même ou chez les autres, la manière de vivre, de voir les choses. C’est à la fois un discours, qu’il soit intérieur ou extérieur, et une mise en œuvre pratique. C’est ainsi que Pierre Hadot (1922-2010) a représenté la philosophie antique, comme une discipline destinée à aider l’homme à mieux-vivre.
Les trois grandes Écoles de l’Antiquité (épicurisme, stoïcisme, cynisme) ont développé techniques et méthodes pour parvenir à ce mieux-vivre. Toutes ont mis en exergue l’homme et sa sérénité, l’homme au sein d’une harmonie lui permettant de vivre avec la conscience que la vie est courte et que le temps à vivre est incertain.

Cet ouvrage poursuit les travaux de Pierre Hadot, comme ceux de Michel Foucault, sur cette notion d’exercice spirituel. Toutefois si l’expression arrive pour Hadot en conclusion de ses recherches, elle est ici le point de départ. Ce livre commence par définir ce qu’est un exercice spirituel. Quelle est cette notion, cette expression, qui est aussi une pratique dans l’antiquité? Il analyse en détail l’expression en s’interrogeant sur les théories et les mises en Œuvre qui peuvent s’y référer dans l’antiquité: de l’ascèse à la méditation, de la conversion à la maîtrise de soi ou encore le travail de l’âme. Enfin, ce ouvrage questionne également la continuité des exercices spirituels des Anciens, leurs reprises à l’aube du christianisme, mais également par les philosophies de la Renaissance (Montaigne), des époques classique, moderne (Descartes) et par celle des Lumières (Shaftesbury, Kant, Rousseau).

Xavier Pavie est docteur en philosophie, chercheur-associé au sein de l’IREPH (Institut de recherches philosophiques) de l’université Paris-Ouest. Il est directeur de l’Institut ISIS de l’ESSEC Business school où il est également enseignant.

Le noir : Eclats d’une non-couleur d’Alain Badiou

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Le noir symbolise, indistinctement, et le manque et l’excès.
Qui n’a pas fait l’expérience effrayante d’avancer à tâtons dans la nuit noire ? Cette terreur primitive, Alain Badiou la traverse en inventant, avec ses camarades, le jeu de « Minuit sonnant ». La découverte furtive du continent noir dans des magazines interdits, la beauté de l’encre sur le papier, mais aussi les mystères du cosmos et la douleur du deuil : le philosophe nous promène dans son théâtre intime, au gré des souvenirs. Musique, peinture, politique, sexualité, métaphysique : le noir n’aura jamais été aussi lumineux.

Les hétérotopies de Michel Foucault

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Un autre ton de Foucault. Un autre Foucault. Plus près de l’aveu de soi. Plus près de la littérature. Deux conférences de 1966 : totalement inédite pour l’une (Le Corps Utopique) ; inédite sous cette forme pour l’autre (Les Hétérotopies).
Dans le premier des deux textes réunis dans ce court volume, « Les Hétérotopies », Michel Foucault se fait l’initiateur, et peut-être le praticien d’une science nouvelle et, par définition, improbable : la science des espaces utopiques, ou, plus précisément (précision paradoxale ou aporétique), comme il le nomme lui-même, des espaces hétérotopiques (il les appelle aussi des « contre-espaces »). Cette science, il la baptise du nom en effet scientifique d’hétérotopologie. La vérité oblige cependant à préciser qu’il entend par là moins une science savante qu’une science rêveuse, moins une hétérotopie savante qu’une hétérotopie rêveuse, comme son sujet y invite en effet. S’il s’agit d’« ailleurs », d’« ailleurs »-sans lieu, comment les connaître et les enseigner sinon sur le mode du désir, de l’unique et impérieux désir d’y fuir, d’y échapper aux « ici » – aux topoï –, rudes, massifs, oppressifs.
Faute d’aller jusqu’à tenter d’engager un inventaire impossiblement rigoureux de ces ailleurs sans lieu (ce serait les rabattre sur tous ceux qui n’ont que trop lieu et trop de lieux), Foucault en énumère un certain nombre. Étrange liste où l’on sent un attrait, une connivence, une convoitise, même quand certains de ceux-ci sont sombres ou mortifères : les jardins, les cimetières, les asiles, les maisons closes, les prisons, les maisons de retraite, les musées, les bibliothèques, etc. Les bateaux, enfin et peut-être surtout. Il entre un étrange enchantement dans cette énumération qui s’inspire secrètement de l’enfance : « Les civilisations sans bateaux sont comme les enfants dont les parents n’auraient pas un grand lit sur lequel on puisse jouer ; leurs rêves alors se tarissent, l’espionnage alors y remplace l’aventure, et la hideur des polices la beauté ensoleillée des corsaires ». Où la science annoncée fait un pas de côté pour aller à la rencontre de la littérature d’un Roussel ou d’un Leiris.

La seconde de ces deux conférences – « Le corps utopique » – est plus surprenante encore, et pour le coup, presque intime. Qu’y a-t-il de moins utopique, demande Foucault, que le corps, que le corps qu’on a – lourd, laid, captif. Rien n’est en effet moins utopique que le corps, lieu duquel il ne nous est jamais donné de sortir, auquel l’intégralité de l’existence nous condamne. Semble-t-il. Car cette affirmation suscite son objection, que Foucault formule aussitôt : rien n’est certes moins utopique que le corps lui-même, à ceci près que nul ne l’est plus que lui aussi, que c’est de lui que sont nées et nous sont venues toutes les utopies – le corps est lui-même une autotopie en quelque sorte, par opposition aux « hétérotopies » qu’imaginait la première conférence. Le corps grandi, tatoué, maquillé, masqué forme autant de figures possibles de cette utopie inattendue et paradoxale du corps. La parure, les uniformes en sont aussi de possibles. Comme la danse (« corps dilaté selon tout un espace qui lui est intérieur et extérieur à la fois »), ou encore la possession…
Mais, c’est l’érotisme, à la fin – Michel Foucault dit même « faire l’amour » – qui est le plus susceptible d’apaiser l’inapaisable désir du corps de sortir des limites qui sont les siennes. Ou des caresses comme moyen d’« utopiser » le corps.

Dans sa présentation, qui vient clore ce recueil, Daniel Defert retrace l’improbable destin du concept d’ »hétérotopie », entre Venise, Berlin (surtout) et Los Angeles.