Libres d’obéir de Johann Chapoutot

By notaz / On / In Essais, Histoire, Lus

Reinhard Höhn (1904-2000) est l’archétype de l’intellectuel technocrate au service du IIIe Reich. Juriste, il se distingue par la radicalité de ses réflexions sur la progressive disparition de l’État au profit de la «communauté» définie par la race et son «espace vital». Brillant fonctionnaire de la SS – il termine la guerre comme Oberführer (général) –, il nourrit la réflexion nazie sur l’adaptation des institutions au Grand Reich à venir – quelles structures et quelles réformes? Revenu à la vie civile, il crée bientôt à Bad Harzburg un institut de formation au management qui accueille au fil des décennies l’élite économique et patronale de la République fédérale : quelque 600 000 cadres issus des principales sociétés allemandes, sans compter 100 000 inscrits en formation à distance, y ont appris, grâce à ses séminaires et à ses nombreux manuels à succès, la gestion des hommes. Ou plus exactement l’organisation hiérarchique du travail par définition d’objectifs, le producteur, pour y parvenir, demeurant libre de choisir les moyens à appliquer. Ce qui fut très exactement la politique du Reich pour se réarmer, affamer les populations slaves des territoires de l’Est, exterminer les Juifs.
Passé les années 1980, d’autres modèles prendront la relève (le japonais, par exemple, moins hiérarchisé). Mais le nazisme aura été un grand moment managérial et une des matrices du management moderne.

Règles pour le parc humain de Peter Sloterdijk

By notaz / On / In Lus, Philosophie

En juillet 1999, en prononçant un discours sur Heidegger et sa Lettre sur l’humanisme, Peter Sloterdijk déclenche une vive
polémique. Quel est l’objet du scandale ? Son constat : l’humanisme est mort en 1945. Si une nation ne repose plus sur une fiction politique, d’inspiration humaniste, pour souder ses citoyens, quelle gestion des hommes ? D’ailleurs, note le philosophe, la « domestication de l’être humain constitue le grand impensé face auquel l’humanisme a détourné les yeux depuis l’Antiquité » ; « le simple fait de s’en apercevoir suffit à se retrouver en eau profonde ».
Avec ses Règles pour le parc humain, Peter Sloterdijk incite à penser la condition humaine qui vient avec l’anthropotechnologie.
Quelques mois plus tard, il prononce à Paris un deuxième discours dans lequel il développe ses positions : La Domestication de l’Être. Il y poursuit sa réflexion sur les conditions et le mystère de l’irruption de l’humanité, et la voie que celle-ci peut suivre vers un apprivoisement d’elle-même.

PETER SLOTERDIJK, philosophe allemand né en 1947, est l’auteur d’une oeuvre importante, notamment : Sphères (I, Bulles ; II, Globes : macrosphérologie ; III, Écumes : sphérologie plurielle).

L’Etat SS de Eugen Kogon

By notaz / On / In Des voix, Histoire, Lus

SS et camps de concentration
Nombre et genre des camps de concentration en Allemagne
Les différentes catégories de détenus
Aménagement des camps de concentration
Organisation interne des camps de concentration
L’internement dans un camp de concentration
L’emploi du temps dans un camp de concentration
Le travail dans un camp de concentration
Les punitions dans les camps de concentration
La nourriture dans les camps de concentration
Envois d’argent et de courrier pour les détenus
Utilisation des loisirs dans les camps de concentration
Les conditions sanitaires dans les camps de concentration
Installations particulières
Tragédies collectives et opérations spéciales
Camps extérieurs et temps de guerre
Durée de l’internement dans les camps
La vie de coq en pâte de la SS
L’incessante lutte souterraine entre la SS et les forces antifascistes dans les camps
La fin des camps de concentration
Psychologie de la SS
Psychologie des détenus dans les camps
Le peuple allemand et les camps de concentration

La fin des partis ? d’Igor Martinache & Frédéric Sawicki

By notaz / On / In Lus, Politique

La victoire inattendue d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle de 2017, l’effondrement électoral du Parti socialiste et des Républicains ou encore l’irruption du mouvement des Gilets jaunes sont autant de signes suggérant la fin des partis. Alors que ceux-ci continuent à jouer un rôle incontournable dans la structuration tant matérielle que symbolique du jeu politique, pourquoi apparaissent-ils en « crise » ? Professionnalisation des personnels politiques ; bureaucratisation des organisations ; personnification du jeu politique ; érosion du militantisme : ces transformations du champ politique participent de la défiance qui semble toujours plus forte à leur encontre.

Démontrant que les partis sont moins amenés à disparaître que condamnés à se transformer en profondeur pour continuer à structurer la démocratie représentative, cet ouvrage propose une réflexion stimulante sur la recomposition en cours du système partisan français.

mythe et pensée chez les grecs de jean-pierre vernant

By notaz / On / In Histoire, Lus, Sciences humaines

Salué dès sa parution en 1965 comme un événement majeur, ce recueil de textes de Jean-Pierre Vernant, aujourd’hui professeur honoraire au Collège de France, a été régulièrement réimprimé et traduit en plusieurs langues. Vite devenu un classique, cet ouvrage, enrichi de nouveaux textes, montre à l’œuvre l’originale méthode de l’auteur. « Nos études, précise-t-il dans la préface à l’édition de 1985, ont pour matière les documents sur lesquels travaillent les spécialistes, hellénistes et historiens de l’Antiquité. Notre perspective, cependant, est autre. Qu’il s’agisse de faits religieux (mythes, rituels, représentations figurées), de philosophie, de science, d’art, d’institutions sociales, de faits techniques et économiques, toujours nous les considérons en tant qu’œuvres créées par des hommes, comme expression d’une activité mentale organisée. À travers ces œuvres, nous recherchons ce qu’a été l’homme lui-même, cet homme grec ancien qu’on ne peut séparer du cadre social et culturel dont il est à la fois le créateur et le produit.

L’été des charognes de Simon Johannin

By notaz / On / In Lus, Roman

Ici c’est La Fourrière, un « village de nulle part » et c’est un enfant qui raconte : massacrer le chien de « la grosse conne de voisine », tuer le cochon avec les hommes du village, s’amuser au « jeu de l’arabe », rendre les coups et éviter ceux des parents.
Ici on vit retiré, un peu hors-la-loi, pas loin de la misère aussi. Dans cette Guerre des boutons chez les rednecks, les bêtes sont partout, les enfants conduisent leurs parents ivres morts dans des voitures déglinguées et l’amitié reste la grande affaire.
C’est un pays d’ogres et d’animaux errants, un monde organique fait de pluie et de graisse, de terre et d’os, où se répandent les fluides des corps vivants et ceux des bestioles mortes. Même le ramassage scolaire ressemble au passage des équarisseurs.
Mais bientôt certains disparaissent, les filles vous quittent et la forêt finit par s’éloigner.
(…)

Le temps des passions tristes de Francois Dubet

By notaz / On / In Lus, Sciences humaines

Nous vivons un temps de passions tristes. Ce moment s’explique par le creusement des inégalités, mais surtout par la transformation de leur nature. La souffrance sociale n’est plus vécue comme une épreuve appelant des luttes collectives, mais comme une série d’injustices personnelles, discriminations, expériences du mépris, mises en cause de la valeur de soi. Ne pouvant désigner les adversaires à combattre, les individus sont emportés par un ressentiment dont se nourrissent les populismes de tous bords. Le régime des inégalités multiples engendre une société de la colère. Nous y sommes. Il faut la comprendre, pour être capables de résister aux vertiges de l’indignation.

L’ Imaginaire de la Commune de Kristin Ross

By notaz / On / In Histoire, Lus

William Morris, Élisée Reclus, Pierre Kropotkine : ce ne sont pas les premiers noms qui viennent à l’esprit s’agissant de la Commune de Paris. S’ils tiennent dans ce livre un rôle important, c’est que pour Kristin Ross, la Commune déborde l’espace-temps qui lui est habituellement attribué, les 72 jours écoulés et les fortifications sur lesquelles elle a combattu. L’Imaginaire signifie que cet événement révolutionnaire n’est pas seulement international mais qu’il s’étend bien au-delà du domaine de la politique, vers l’art, la littérature, l’éducation, la relation au travail. Ce n’est pas un hasard si les trois personnages principaux du livre sont un poète-artiste, un géographe et un scientifique-anarchiste russe : la Commune n’est pas un simple épisode de la grande fable républicaine, c’est un monde nouveau qui s’invente pendant ces brèves semaines, un monde qui n’a pas fini de hanter les uns et d’inspirer les autres.

Monsieur le maire de Pascal Grégoire

By notaz / On / In Lus, Roman

Lorsqu’il est élu maire du village qui l’a vu naître, dans les Ardennes, Paul jubile : il va agir concrètement et auprès des siens.
Quinze ans plus tard, le  » terrain  » et un drame personnel l’ont usé. Sa vie bascule. Il est reconnu coupable d’un meurtre et condamné à vingt ans de prison ferme.
Comment a-t-il pu en arriver là ?
Sur le chemin qui le mène vers sa cellule, Paul se souvient, de son idéalisme avant la désillusion, d’une existence d’homme de plus en plus fragile.
Critique du monde politique à la française, Monsieur le maire retrace avec force et réalisme l’histoire si ordinaire et pourtant essentielle de ces citoyennes et citoyens qui vouent leur vie à leur commune.

Frères sorcières d’Antoine Volodine

By notaz / On / In Littérature, Lus, Roman

Trois voix puissantes, toutes liées au théâtre, à la féminité, au chamanisme et à la mort.

Dans un pays de montagnes et de désert, une petite troupe itinérante est attaquée par des bandits. Bien vite, l’unique survivante est entraînée dans la vie criminelle et sauvage de ses ravisseurs. Esclave sexuelle d’un chef, elle reste obsédée par un cantopéra composé de vociférations magiques qui s’adressent à toutes les petites sœurs du malheur et qui les guident vers l’apaisement, vers l’art de mourir ou vers d’autres mondes. La deuxième voix reprend intégralement le texte de la pièce étrange qui habite la comédienne. La troisième voix répond aux deux autres. Elle raconte en une seule longue phrase sorcière le parcours sans fin, de renaissance en renaissance, d’un être sans genre, tantôt masculin, tantôt féminin, qui erre dans l’espace noir.

Des aventures violentes et démoniaques, marquées par une sexualité délirante mais aussi par la nostalgie de la déclamation, de la parole et du souffle. Et de la survie coûte que coûte.