Façons de lire, manières d’être de Marielle Macé

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« J’allais rejoindre la vie, la folie dans les livres. (…) La jeune fille s’éprenait de l’explorateur qui lui avait sauvé la vie, tout finissait par un mariage. De ces magazines et de ces livres j’ai tiré ma fantasmagorie la plus intime… » Lorsque le jeune Sartre lève ainsi une épée imaginaire et se rêve en héros après avoir lu les aventures de Pardaillan, il ne fait rien de très différent de ce que nous faisons tous quand nous lisons, puissamment attirés vers des possibilités d’être et des promesses d’existence. C’est dans la vie ordinaire que les oeuvres se tiennent, qu’elles déposent leurs traces et exercent leur force. Il n’y a pas d’un côté la littérature, et de l’autre la vie, dans un face-à-face brutal et sans échanges qui rendrait incompréhensible la croyance aux livres, un face-à-face qui ferait par exemple des désirs romanesques de Sartre (ou de la façon dont Emma Bovary se laisse emporter par des modèles) une simple confusion entre la réalité et la fiction, et par conséquent un affaiblissement de la capacité à vivre. Il y a plutôt, dans la vie elle-même, des formes, des élans, des images et des styles qui circulent entre les sujets et les oeuvres, qui les exposent, les animent, les affectent. Dans l’expérience ordinaire de la littérature, chacun peut ainsi se réapproprier son rapport à soi-même, à son langage, à ses possibles : car les formes littéraires se proposent dans la lecture comme de véritables formes de vie, engageant des conduites, des démarches, des puissances de façonnement et des valeurs existentielles. La lecture n’est pas une activité séparée, c’est l’une de ces conduites par lesquelles, quotidiennement, nous donnons un aspect, une saveur et même un style à notre existence.

LoveStar de Andri Snaer Magnason

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« Peu de temps après que les mouches à miel eurent colonisé Chicago, les papillons monarques furent saisis d’un étrange comportement. […] Au lieu d’aller vers le sud rejoindre leurs quartiers d’hiver, ils se dirigèrent vers le nord. » C’est ainsi que s’ouvre le roman, fable imaginative et pourtant étrangement familière, tenant à la fois de Calvino et des Monty Python. Face à la soudaine déroute de toutes sortes d’espèces volantes, le génial LoveStar, vibrionnant et énigmatique fondateur de l’entreprise du même nom, invente un mode de transmission des données inspiré des ondes des oiseaux, libérant d’un coup l’humanité, pour son plus grand bonheur, de l’universelle emprise de l’électronique. Et développant au passage quelques applications aussi consuméristes que liberticides… Avec des hommes et des femmes ultra connectés payés pour brailler des publicités à des passants ciblés, le système ReGret, qui permet « d’apurer le passé », ou le rembobinage des enfants qui filent un mauvais coton. Autre innovation, et pas des moindres, en faveur du bonheur humain : les âmes soeurs sont désormais identifiées en toute objectivité par simple calcul de leurs ondes respectives. Quand Indriði et Sigríður, jeunes gens par trop naïfs et sûrs de leur amour, se retrouvent « calculés », ils tombent des nues : leur moitié est ailleurs. Les voilà partis, Roméo et Juliette postmodernes contrariés par la fatalité, pour une série de mésaventures cocasses et pathétiques, jusqu’à ce que leur route croise celle de LoveStar lui-même, en quête de son ultime invention…

LoveStar

Kabuliwallah de Rabindranath Tagore

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Quel inépuisable envoûtement que ces vingt-deux nouvelles, avec pour théâtre le Bengale et Calcutta, ville natale de Tagore, et pour acteurs principaux des enfants de tous âges et toutes conditions qu’une grâce inespérée, un bonheur de papillon sauvent parfois du fatalisme millénaire qui les frappe…
Ainsi dans le Receveur des postes, un poète du dimanche relégué dans un village se pique d apprendre à lire à Ratan, l’humble fillette qui le sert, jusqu au jour où, écrasé d ennui, il retourne à Calcutta, laissant là sa petite adoratrice qui sans doute en mourra de chagrin. Avec le Cahier d’écolier, on découvre une autre petite fille qui, à peine sait-elle écrire, devient « un véritable fléau », traçant partout ses états d âme poétiques du genre « la pluie crépite, les feuilles palpitent » avec un bout de charbon, sur les murs, le cahier de comptes de son père, les manuscrits d’un frère aîné aux grandes ambitions romanesques jusqu à ce qu on lui offre un cahier d’écolier tout neuf… Ou encore l’Enfant muette, la délicieuse et dramatique histoire d une petite fille qui, à peine nubile, sera vendue à un futur mari qui l’inspecte sur toutes les coutures sans même songer à entendre sa voix…
Tout ce qu’une société tait et refoule, ces secrets perdus, ces insondables gouffres vécus dans la chair et l’esprit des plus démunis, Rabindranath Tagore nous le raconte en magicien, avec un style inégalable et l’intelligence suprême du coeur.

Kabuliwallah

Dernier royaume, IX : Mourir de penser Poche de Pascal Quignard

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Pascal Quignard poursuit son entreprise littéraire nommée  » Dernier Royaume  » et nous livre le IX e tome, Mourir de penser, dans lequel il cherche à  » éprouver une autre façon de penser qui n’a rien à voir avec la philosophie « . Et l’auteur de nous livrer des anecdotes significatives à travers une série de portraits de Socrate, Pythagore, Montaigne, et autres grands penseurs de l’Occident, tout en méditant sur le bonheur ou l’horreur de penser. Une oeuvre unique dans le paysage littéraire contemporain.

Dernier royaume, IX : Mourir de penser

Le numéro de février 1947 du Patriote Résistant rapporte les extraits de cinq lettres adressées par l’entreprise Bayer au commandant du camp d’Auschwitz.
Ces lettres, découvertes par l’Armée Rouge à la libération du camp d’Auschwitz, ont été rédigées en avril et mai 1943.
Elles révèlent que sous le régime nazi, l’entreprise Bayer, filiale du consortium chimique IG Farben, procéda à des expériences médicales sur des déportés, qu’elle se procurait dans les camps de concentration.
42 pages vergé blanc cassé sous couverture à grain et rabats teintée beige.

Description
En avril et mai 1943, l’entreprise Bayer commandait des « lots » de femmes au camp d’Auschwitz pour expérimenter des soporifiques. Extraits les plus significatifs des lettres scellant ces tractations commerciales meurtrières.

By notaz / On / In Des voix

Eratosthène de Thierry Crouzet

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Au IIIe siècle av. J-C, Ératosthène a inventé la géographie et mesuré la Terre. Directeur de la bibliothèque d Alexandrie, poète, mathématicien et surtout philosophe de la liberté, il est tombé dans l oubli pendant deux mille ans. Nous le redécouvrons plus vivant que jamais dans un roman historique qui nous plonge dans l Égypte et la Grèce antiques.
Ératosthène a cherché le bonheur dans un temps de grands bouleversements, siège d inventions révolutionnaires et d une barbarie sans nom. Toute ressemblance avec notre époque n est pas involontaire.
Cet homme de l Antiquité nous initie à notre modernité.

ERATOSTHENE

L’homme joie de Christian Bobin

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Dans L’Homme-joie, composé de quinze récits, Christian Bobin raconte la soif, un jour de grande chaleur, pendant une promenade harassante en colonie de vacances, ce « bagne joyeux ». Une fontaine apparaît soudain et l’enfant se jette sous la gueule du lion d’où jaillit l’eau fraîche. « L’eau fila dans mon corps jusqu’au coeur, où elle éteignit le feu de l’abandon qui le ravageait », écrit-il. Ainsi va-t-il, droit à l’essentiel, par le chemin le plus simple qui mène à l’âme. « Il y a un style Bobin, une façon de prendre la littérature par la joie que dégagent les mots, par la lumière qu’ils portent », dit Guy Goffette qui a édité ses quatre derniers livres parus chez Gallimard. (Béatrice Gurrey – Le Monde du 18 octobre 2012)

Voici un livre superbe, qui pourrait servir d’antidote à la morosité ambiante. Christian Bobin est un écrivain qu’aucune étiquette ne peut enfermer. Comment voulez-vous rendre compte des livres d’un homme qui, dès l’exergue, propose ceci : « Ecrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir » ? Il y a une magie Bobin. Elle est faite de détails infimes, de mots choisis avec extrême attention, de sourires et de rires malgré la noirceur, malgré la mort…
Son oeuvre est une lutte avec l’ange, qu’il nomme mélancolie. Grâce à l’écriture, il en sort triomphant et nous, lecteurs, confiants…
La vie blessée est donc la vraie vie. Il ne s’agit pas de la réussir, comme le croit notre époque, mais de la vivre. Pleinement. (François Busnel – L’Express, novembre 2012)

L’homme joie

Chiens féraux de Felipe Becerra Calderon

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Chiens féraux, le premier roman de Felipe Becerra Calderón, a reçu au Chili le prestigieux prix Roberto Bolaño en 2006. Dans ce roman surréaliste et polyphonique, Calderón explore les effets de la folie et de la solitude sur deux êtres ordinaires qui ont la particularité d’appartenir au camp des bourreaux. Il nous offre un texte dense, où la langue se fait schizophrène pour chanter la contagion du mal, dans une ronde macabre aux accents rappelant la prosodie de Malcolm Lowry.

Chiens féraux

Le héron de Guernica d’Antoine Choplin

By notaz / On / In Littérature, Lus

Antoine Choplin raconte la guerre d’Espagne à travers le destin d’un adolescent passionné de peinture et de hérons…
Et si Antoine Choplin affirme ici la nécessité de l’art pour dire la fureur de la guerre et pour y survivre – avec une apparition furtive de Picasso particulièrement habile -, on n’en retrouve pas moins la grande sobriété de son écriture. (Delphine Peras – L’Express, septembre 2011 )

Antoine Choplin évoque le bombardement de Guernica – qui fournit à Picasso un chef-d’oeuvre – à travers la figure d’un peintre qui de ce jour-là n’a rien pu retenir…
Antoine Choplin parvient à donner idée de cette journée et d’un moment terrible de l’histoire en s’attachant à des personnages en marge et à ce qui palpite sans être figuré sur les images. Le romancier rend présente l’horreur à travers un témoin anonyme toujours obsédé par son art et par la représentation du conflit au coeur même de la tourmente. N’est-ce pas, à sa manière, un autoportrait de l’auteur qui capte à distance ce jour qu’il n’a lui-même pas vécu en direct  ? (Muriel Steinmetz – L’Humanité du 10 novembre 2011 )

Le héron de Guernica

Auschwitz et après de Charlotte Delbo

By notaz / On / In Des voix, Lus

Une connaissance inutile est le troisième ouvrage de Charlotte Delbo sur les camps de concentration. Après deux livres aussi différents par leur forme et leur écriture que Aucun de nous ne reviendra et Le Convoi du 24 janvier, c’est dans un autre ton qu’on lira ici Auschwitz et Ravensbrück. On y lira plus encore une sensibilité qui se dévoile à travers les déchirements. Si les deux précédents pouvaient apparaître presque impersonnels par leur dépouillement, dans celui-ci elle parle d’elle. L’amour et le désespoir de l’amour – l’amour et la mort; l’amitié et le désespoir de l’amitié – l’amitié et la mort; les souffrances, la chaleur de la fraternité dans le froid mortel d’un univers qui se dépeuple jour à jour, les mouvements de l’espoir qui s’éteint et renaît, s’éteint encore et s’acharne…

Auschwitz et après : Aucun de nous ne reviendra

Auschwitz et après : Tome 2 : Une connaissance inutile

Auschwitz et après : Tome 3, Mesure de nos jours