Zone Temporaire Noétique

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Catégorie : Essais

Penser autrement d’Alain Touraine

Après avoir étudié, dans ses livres précédents, les grands changements qui ont transformé notre vie personnelle et collective, Alain Touraine choisit ici de se consacrer à la nécessaire transformation de notre manière de penser ces changements. Car l’idée même de société est en crise : la mondialisation sous toutes ses formes, les désirs libérés des interdits ont entraîné l’écroulement de l’édifice social. La définition du bien et du mal dans notre société n’est plus du ressort des institutions ; la conscience de soi l’emporte sur la conscience des règles : le sujet devient créateur de lui-même.

À partir d’une critique de ce qu’il nomme le Discours interprétatif dominant, qui a cherché à imposer, tout au long du XXe siècle, l’idée d’une société sans acteurs, soumise à des déterminismes surtout économiques, Alain Touraine invite le lecteur à découvrir que le seul principe permettant d’évaluer les conduites de chacun et les situations sociales est la reconnaissance des droits, politiques, sociaux et culturels, de tous les êtres humains, reconnus comme des êtres libres et égaux. Il appelle à repenser l’individu en tant que sujet, clé de voûte d’une sociologie reconstruite. Là où certains dénoncent l’individualisme, l’auteur vante la subjectivation, qui passe par la défense des droits de chacun contre tous les modes d’intégration sociale. L’unité des conduites sociales n’est plus imposée par la société ou la culture, mais par le sujet, porteur de droits universels vécus dans des situations sociales et culturelles particulières.

La dépendance des femmes, le rejet des minorités et les difficultés des jeunes à l’école et au travail sont les trois principaux domaines de la vie sociale dans lesquels le retournement nécessaire de la pensée sociale que propose Alain Touraine trouve ses champs d’application.

La passion du futur de Srećko Horvat

La passion du futur – Manifeste pour un mouvement de libération mondial
« Que les romans de Margaret Atwood redeviennent des fictions ! » La crise inédite inaugurée par le XXIe siècle – migratoire, écologique, politique, financière – a largement effrité le socle de nos libertés individuelles et des idéaux démocratiques. Il faut agir, mais quelles sont les options face à une société de contrôle qui étouffe toute forme de solidarité au profit de l’ordre et des intérêts financiers ? Que faire, lorsque les mobilisations traditionnelles, y compris les manifestations de masse, restent sans effet ? En s’inspirant de l’exemple de l’île de Vis, en Croatie, bastion des Partisans pendant la Seconde Guerre mondiale – ou comment, même aux heures les plus sombres de l’Histoire, une poignée de résistants peut faire basculer le destin d’un pays –, Srećko Horvat nous offre un véritable manuel de résistance et d’action populaire. Et si un autre monde était possible ? Il est urgent de nous libérer de nos chaînes : La poésie du futur nous ouvre la voie.
« Une vision percutante et facile d’accès, une urgente nécessité. » Noam Chomsky

L’Opportunité du Covid-19. de Raphaël Rossello

La crise liée au coronavirus est une opportunité pour admettre les déviances de notre écosystème et pouvoir le construire différemment. Raphaël Rossello démontre que, depuis 40 ans les bases vertueuses du libéralisme ont été perverties par la domination planétaire du néo-libéralisme dont l’usage de l’endettement permanent et massif a échoué mais créé artificiellement une richesse tellement fascinante pour une élite mondialisée.

Depuis 45 ans, Raphaël Rossello praticien assidu de l’économie réelle dénonce la prétention des néolibéraux fiers de l’extrême rigueur de leurs raisonnements même quand ils sont édifiés sur des hypothèses très douteuses comme celle du retour de la croissance. Le chaos de la pandémie va nous contraindre à regarder avec courage la réalité de notre système économique et social. Ce procès-verbal, riche de références et d’anecdotes, veut lever les incertitudes du futur et l’aborder avec un optimisme de combat.

Alarme citoyens ! Sinon, aux larmes ! d’André-Yves Portnoff & Hervé Sérieyx

« Les auteurs ouvrent des voies pour la pensée et l’action qui, elles-mêmes, pourraient et devraient confluer en une voie de Salut. Que ce livre tonifie ses lecteurs comme il m’a tonifié ! » Edgar Morin

Les recettes du progrès de l’humanité ne se trouvent ni dans la Silicon Valley et ses messages aberrants, exaltant la supériorité de la machine sur l’homme ; ni auprès des myopes avides qui croient pouvoir s’enrichir indéfiniment en méprisant les hommes et l’environnement. Inspirons-nous de la Venise d’il y a cinq siècles. Venus des quatre coins de l’Europe, des hommes libres y ont réuni leurs différences et leurs talents pour inventer le livre et l’édition modernes. Ils ont déclenché l’accélération des échanges d’idées et de connaissances à l’origine des révolutions scientifiques, industrielles, politiques. Sans cela, nous ne connaîtrions ni la démocratie, ni Internet. Reconstruisons les conditions de cette rupture historique : Venise était le pays européen le plus ouvert au monde, en avance pour la liberté de pensée, la culture des dirigeants, la répression de la corruption. Ce Manifeste prouve, exemples à l’appui, que tous nous pouvons contribuer à un développement qualitatif, fondé sur l’intelligence collective, le respect de chacun, du Bien commun et de l’environnement. Ne jouons pas en solo, n’attendons pas tout de nos dirigeants, mettons-les face à leurs responsabilités.

Pour nous asservir, des intérêts économiques, politiques, idéologiques exploitent, manipulent le numérique. Usons de ces mêmes technologies pour préserver nos différences et construire notre Renaissance. Ensemble transformons l’Éducation, réduisons l’exclusion ; développons des entreprises, une conception du travail et une Société conformes à nos valeurs, aux exigences de l’environnement, de l’avenir. Cette mobilisation, en particulier dans différents bassins de vie, a commencé. Amplifions-la. Sans elle, se succéderont les catastrophes ! Là où nous vivons, soyons les acteurs de première ligne des nécessaires évolutions. Il n’est que temps. Grand temps ! Alarme, citoyens !

Les empoisonneurs de Sébastien Fontenelle

Quotidiennement, des agitateurs prennent d’assaut les tribunes pour attiser colères identitaires et passions xénophobes. Leur brutalité verbale, qui vise principalement les «migrants» et les «musulmans», rappelle la violence de ceux qui, dans la première moitié du siècle précédent, vilipendaient les «métèques» et les «juifs». De la même façon que les droites d’antan vitupéraient contre le «judéo-bolchevisme», leurs épigones fustigent l’«islamo-gauchisme», qu’ils associent à l’antisémitisme.

Or ces mêmes accusateurs font parfois preuve d’une étonnante complaisance lorsqu’ils se trouvent confrontés, dans leurs alentours culturels et idéologiques, à des considérations pour le moins équivoques sur les juifs ou sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Soudain ils deviennent magnanimes et peuvent même trouver à leurs auteurs des circonstances atténuantes. Et ainsi se perpétue l’abject.

Or ces mêmes accusateurs font parfois preuve d’une étonnante complaisance lorsqu’ils se trouvent confrontés, dans leurs alentours culturels et idéologiques, à des considérations pour le moins équivoques sur les juifs ou sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Soudain ils deviennent magnanimes et peuvent même trouver à leurs auteurs des circonstances atténuantes. Et ainsi se perpétue l’abject.

Libère-toi cyborg ! d’ïan Larue

Le pouvoir transformateur de la science-fiction féministe
Ïan Larue

Gynoïdes, sorcières, vampires, chiennes et souris de laboratoire : toutes sont liées à la cyborg de Donna Haraway.
Reprenant la liste d’auteurs et autrices de science-fiction féministe citées à la fin du Manifeste cyborg, Ïan Larue redéfinit cette figure fondatrice dans la pensée de la philosophe : « La cyborg, c’est l’esclave noire qui apprend à lire dans un roman d’Octavia Butler ; la jeune fille encapsulée qui, loin de se sentir handicapée, connaît des milliers de connexions ; la fille-orque transportée dans les étoiles. La cyborg est l’hybride suprême, hybride entre une femme réelle et un personnage de roman qui se superpose à elle pour la doter de mille nouvelles possibilités dont celle, fondamentale, de faire éclater capitalisme, famille et patriarcat. »

Le silence des livres de George Steiner

George Steiner : Philosophe, essayiste et romancier né à Paris en 1929. Ses parents, d’origine juive viennoise, lui donnèrent une éducation polyglotte et l’initièrent très tôt aux grands textes classiques : il n’avait pas six ans que son père lui transmettait son goût du grec ancien en lui faisant croire qu’un des passages les plus éblouissants de l’Iliade n’était pas traduit en allemand. C’était la naissance d’un des grands lecteurs du XXe siècle.

Pour quiconque connaît l’œuvre de Steiner, son amour du livre est incontestable. Néanmoins une question le taraude : Pourquoi l’Occident, malgré la culture, a-t-il produit la barbarie ? Dans un premier temps, George Steiner relate l’histoire du livre, son évolution technique (tablette d’argile, papyrus ou papier), son importance dans le destin de l’Occident : la Bible en est évidemment la référence centrale, aussi bien que les grands fondamentaux, d’Aristote à la philosophie contemporaine ; enfin, la littérature et l’Âge d’or du livre.

George Steiner s’intéresse ensuite à ceux qui semblent avoir voulu la fin du livre, au nom de la supériorité de la transmission orale, des charmes d’une innocence rousseauiste ou de l’utopie révolutionnaire. Enfin, il aborde les nouvelles menaces : la censure, les nouvelles technologies, la révolution électronique qui creuse davantage encore le fossé entre littérature du savoir et littérature du pouvoir.

La réponse de Michel Crépu, Ce vice encore impuni, met en lumière cette relation de désir au livre, d’amour du sens inépuisable, et l’éventualité d’une fin, la peur, voire la haine. Il en résulte une expérience très paradoxale de la vulnérabilité du livre : ce qu’on éprouve, c’est la puissance de cette fragilité. C’est l’expérience même de la lecture qui est en jeu.

Mythocratie d’Yves Citton

Storrytelling et imaginaire de gauche

Comment comprendre le « pouvoir doux » (soft power) que mobilisent nos sociétés mass-médiatiques pour conduire nos conduites, pour nous gouverner ? Comment en infléchir les opérations pour en faire des instruments d’émancipation ? Cet ouvrage tente de répondre à ces questions en croisant trois approches. Il synthétise d’abord le nouvel imaginaire du pouvoir qui fait de la circulation des flux de désirs et de croyances la substance propre du pouvoir. Il se demande ensuite ce que peut un récit, et en quoi les ressources du storytelling, qui ont été récemment accaparées par des idéologies réactionnaires, peuvent être réappropriées pour des politiques émancipatrices. Au carrefour des pratiques de narration et des dispositifs de pouvoir, il essaie surtout de définir un type d’activité très particulier : la scénarisation. Mettre en scène une histoire, articuler certaines représentations d’actions selon certains types d’enchaînements, c’est s’efforcer de conduire la conduite de celui qui nous écoute – c’est tenter de scénariser son comportement à venir. C’est ce pouvoir de scénarisation, tel qu’il s’exerce au Journal de 20 heures ou dans la publicité, mais aussi dans nos conversations quotidiennes, qui décide du résultat des élections, des emballements boursiers, des montées du racisme, des contagions d’indignation ou de l’invention collective d’autres mondes possibles. Cet essai tente d’en baliser les contours généraux et d’en suggérer des usages émancipateurs.

Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande de Raoul Vaneigen

« Je n’ai rien à dire à quelqu’un qui n’est pas écœuré par la lavasse des vieilleries remises à neuf, par le brouet dont se nourrissent depuis des siècles nos cultures, nos gestes et nos mœurs, par le harcèlement d’une éducation permanente qui s’emploie avec un zèle frénétique à nous désapprendre à vivre. »

« Cela fait, depuis le Mouvement des occupations de mai 1968, que je passe – y compris aux yeux de mes amis – pour un indéracinable optimiste, à qui ses propres rengaines ont tourné la tête. Pourquoi mon attachement viscéral à la liberté s’encombrerait-il de raison et de déraison, de victoires et de défaites, d’espoirs et de déconvenues, alors qu’il s’agit seulement pour moi de l’arracher à chaque instant aux libertés du commerce et de la prédation, qui la tuent, et de la restituer à la vie dont elle se nourrit ?
J’ai à l’endroit du sens humain la même confiance. »

Le Mythe de la Machine de Lewis Mumford

« Le propos de ce livre est de remettre en question aussi bien les postulats que les projections sur lesquels repose notre attachement aux formes actuelles du progrès scientifique et technique, envisagées comme des fins en soi. Je contesterai, preuves à l’appui, les théories les plus répandues sur les fondements de la nature humaine en ce qu’elles surestiment le rôle joué autrefois par les outils – et maintenant par les machines – dans le développement de l’humanité. »

« Les générations précédentes s’illusionnaient déjà en associant sans justification le progrès mécanique au progrès moral. Mais nos contemporains, qui ont pourtant de bonnes raisons de rejeter la présomption victorienne selon laquelle la maîtrise de la machine améliorerait toute création humaine, ne s’acharnent pas moins, avec une ferveur maniaque, à développer sans fin la science et les techniques, comme si par magie d’elles seules dépendait le salut de l’humanité. C’est parce que notre assujettissement à la science et à la technique résulte d’une interprétation profondément erronée du cours de l’humanisation qu’il importe d’abord de revisiter les principales étapes de l’histoire de l’homme, des origines à nos jours. »