Où atterrir ? de Bruno Latour

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Peut-on continuer à faire de la politique comme si de rien n’était, comme si tout n’était pas en train de s’effondrer autour de nous ? Dans ce court texte politique, Bruno Latour propose de nouveaux repères, matérialistes, enfin vraiment matérialistes, à tous ceux qui veulent échapper aux ruines de nos anciens modes de pensée.
Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien –; et par conséquent dont ils ne voient pas l’immense énergie politique qu’on pourrait tirer de leur rapprochement.

D’abord la  » dérégulation  » qui va donner au mot de  » globalisation  » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l’explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l’entreprise systématique pour nier l’existence de la mutation climatique.
L’hypothèse est qu’on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l’État national.
Pour contrer une telle politique, il va falloir atterrir quelque part. D’où l’importance de savoir comment s’orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les affects de la vie publique mais aussi ses enjeux.

Comment les géants du numérique veulent gouverner nos villes de Jean Haëtjens

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Le premier essai qui pose la question du rôle et de l’influence des GAFA dans la Cité. La fabrique et la gestion des villes sont aujourd’hui confrontées, comme de nombreuses autres activités, au remplacement de décisions humaines par des décisions algorithmiques. Le problème, concernant la cité, est que la substitution n’est pas seulement technique et professionnelle : elle est aussi politique. Elle ne touche pas que les métiers et les emplois ; elle affecte la capacité des responsables locaux et des citoyens à penser et à porter des projets de société.

Une confrontation majeure est donc engagée entre la cité politique, matrice historique des démocraties occidentales, et la ville-service numérisée proposée par les géants de l’économie numérique que sont Google, Apple, Facebook, Amazon, Uber et les milliers de start-up qui gravitent autour de ces entreprises. Celles-ci ont un objectif commun : prendre des positions dominantes sur les marchés urbains (logement, transports, services municipaux) qui constituent plus du tiers des dépenses des ménages.

Si notre société a pris conscience de l’influence croissante des acteurs de l’économie numérique sur ses choix, elle hésite entre la fascination devant les promesses d’un « salut par la technologie » et la peur d’un monde placé sous surveillance généralisée. En prenant l’exemple des villes et de la démocratie locale, Jean Haëntjens nous explique que l’avenir n’est pas à espérer ou à redouter, mais à conquérir.

Eloge de la diversité d’Olivier Bouba-Olga

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Alors que le débat public est dominé par les discours sur la métropolisation, cet ouvrage propose une autre lecture des dynamiques territoriales, à partir de travaux de recherche menés pendant deux ans sur cinq territoires français. La capacité de création de richesses et d’emplois ne se limite pas à quelques métropoles, des opportunités de développement existent sur de nombreux territoires, encore faut-il repérer les ressources spécifiques qui y sont localisées, s’interroger sur le positionnement des entreprises dans des chaînes de valeur de plus en plus fragmentées, prendre acte du poids de l’histoire ainsi que de l’importance des dynamiques démographiques. Il ne s’agit donc plus de rechercher le modèle générique de développement économique, mais de se nourrir de la diversité des territoires français et de mettre en ceuvre les politiques publiques adaptées aux problèmes spécifiques qu’ils rencontrent.

L’innovation à l’épreuve de la philosophie de Xavier Pavie

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Depuis cinquante ans, les innovations ont pris une nouvelle dimension : Internet, séquençage de l’ADN, manipulations génomiques, avancées du transhumanisme, nanotechnologies… Ces innovations récentes ne sont pas sans soulever des problématiques nouvelles dont les conséquences sont aussi importantes qu’irréversibles. L’innovateur, dont Steve Jobs, Mark Zuckerberg ou Elon Musk sont des figures contemporaines emblématiques, apparaît comme une personnalité aussi géniale que destructrice, qui ambitionne de changer le monde quelle que soit la violence qui découlera de son innovation. Se dessine alors la nécessité d’établir une innovation-responsable, dans laquelle l’innovateur devrait rendre compte de ses actes et revoir sa position de héros. Pour établir cette nouvelle éthique, la philosophie est un recours nécessaire, puisqu’avec les stoïciens, Aristote, Kant, Nietzsche et Foucault, entre autres, elle interroge la maîtrise de soi, la prudence, le respect, la volonté de puissance et le pouvoir, toutes notions à rapprocher de la figure de l’innovateur.

Le sale discours de David Wahl

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« Pourquoi, si l’homme est de plus en plus propre, le monde, lui est-il de plus en plus sale? »
Le Sale Discours, c’est un récit qui parle d’environnement. D’un environnement façonné par nos ordures, nos excréments et nos déchets. C’est un récit qui parle de notre instinct de survie, de nos rêves d’éternité, de la peur de la mort. C’est le récit de l’homme, qui envisage sa survie au prix de son environnement. Où l’on croise un cochon, des atomes, Marie Curie, la Voie lactée –; et notre reflet.

Faire l’économie de la haine : Essais sur la censure de Alain Deneault

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Point de haine de l’économie là où on nous fait aimer l’argent (à tout prix). Point de haine de l’économie, mais une économie de la haine. Le programme : faire l’économie de la haine. Haïr sans qu’il n’y paraisse. Ainsi s’investit-on dans l’asservissement à l’argent. L’argent fait écran : faut-il vraiment qu’on délocalise des usines, licencie du personnel, pollue des rivières, contourne le fisc, soutienne des dictatures ou arme des chefs de guerre pour que le prix d’une action monte en Bourse ? Pourquoi faisons-nous l’économie de ces questions ? Pour Alain Deneault, cette façon « obligée » d’appréhender le réel participe de l’autocensure, un phénomène qui ne relève pas de la psychologie individuelle, mais d’un fait social.

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben

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Les citadins regardent les arbres comme des « robots biologiques » conçus pour produire de l’oxygène et du bois. Forestier, Peter Wohlleben a ravi ses lecteurs avec des informations attestées par les biologistes depuis des années, notamment le fait que les arbres sont des êtres sociaux. Ils peuvent compter, apprendre et mémoriser, se comporter en infirmiers pour les voisins malades. Ils avertissent d’un danger en envoyant des signaux à travers un réseau de champignons appelé ironiquement « Bois Wide Web ». La critique allemande a salué unanimement ce tour de force littéraire et la manière dont l’ouvrage éveille chez les lecteurs une curiosité enfantine pour les rouages secrets de la nature.

Parce que l’oiseau : Carnets d’été d’une ornithophile de Fabienne Raphoz

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 » J’ai réfugié mon pays natal du Faucigny entre deux petites départementales peu fréquentées des Causses du Quercy, dans une de ces maisons sorties d’une vie antérieure et qui vous dit : « c’est là « . Au moment précis où je commence ce livre, le 30 juin, 9h38, un Troglodyte mignon est à peu près le seul de sa classe à percer le silence. Son chant, qui alterne les modes majeur et mineur, est rythmé par les gouttes d’une pluie continue dont le timbre varie selon leur densité et le support qui les accueille, feuilles de frêne ou de tilleul, gravier, friche, vitre ; variations que le petit enregistreur peine à distinguer, chaque goutte d’eau, tombant sur la bonnette, ayant plutôt tendance à exploser dans l’oreille en mini-grenade sans subtilité sonore à l’échelle du tympan. (…)  » Voici une ballade au bois, mais pas seulement, qu’une ornithophile consacre aux oiseaux, mais pas qu’à eux, où il sera question de grillons des bois ou d’Italie, d’oiseaux de paradis, de dodos, mais aussi des hôtes singuliers du Colombier : Lady Hulotte, Front-Blanc, Tête-noire et quelques autres.

Angoisse – Le double secret de Max Dorra

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Rarement avouée, notamment par les hommes qui la croient signe de faiblesse, l’angoisse est le sentiment le plus universel et le plus dissimulé. Elle commence avec la peur du jugement : comment en arrive-t-on se sentir  » laid  » ou  » bête  » à cause d’un regard ou d’une expression ? Il y a des mots qui tuent parce qu’ils nous collent une certaine image de nous-mêmes.
Le pouvoir sur soi et le pouvoir politique sont directement liés à cette maîtrise de l’angoisse.
L’angoisse se cache derrière la violence. Il est donc essentiel d’apprendre à l’accepter et à la contrôler car elle fait partie de la vie. Il faudrait inscrire très tôt une pédagogie de l’angoisse dans les programmes scolaires.
Face à l’angoisse, le concept de montage, issu du cinéma, est précieux. Un montage, comme le suggère le grand cinéaste Eisenstein, met en mouvement et se propage comme une onde qui réorganise notre mémoire, nos souvenirs heureux ou traumatiques. Nous sommes tout un chacun le produit d’un montage à la fois individuel et social, que nous n’avons pas choisi, et que nous pouvons démonter et remonter.

La télévision, un danger pour la démocratie de Karl Popper et John Condry

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La télévision, dont l’influence peut être terriblement nocive, pourrait être, au contraire, un formidable outil d’éducation. Elle pourrait l’être, mais il est assez peu probable qu’elle le devienne, car en faire un instance culturelle bénéfique représente une tâche particulièrement ardue. Difficile de trouver des personnes capables de produire chaque jour pendant vingt heures consécutives des émissions de valeur ; facile de trouver des personnes capables de produire chaque jour vingt heures d’émissions médiocres… De plus, plus les chaînes sont nombreuses plus il est difficile de trouver des professionnels vraiment capables de produire des émissions à la fois attrayantes et de bonnes qualités.
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par Charles Girard. Janvier 2003.