Zone Temporaire Noétique

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Catégorie : Lus

Autobiographie d’un poulpe, Sous-titre et autres récits d’anticipation de Vinciane Despret

Connaissez-vous la poésie vibratoire des araignées ? l’architecture sacrée des wombats ? les aphorismes éphémères des poulpes ? Bienvenue dans la “thérolinguistique”, une discipline scientifique majeure du IIIe millénaire qui étudie les histoires que les animaux ne cessent d’écrire et de raconter. En laissant libre cours à une imagination débordante, Vinciane Despret nous plonge au cœur de débats scientifiques passionnants qu’elle situe dans un futur indéterminé. En brouillant les pistes entre science et fiction, elle crée un trouble fascinant : et si, effectivement, les araignées nous interpellaient pour faire cesser le brouhaha de nos machines ? Et si les constructions des wombats témoignaient d’une cosmologie accueillante, offrant ainsi une formidable leçon de convivialité ? Et si les poulpes, adeptes de la métempsychose, se désespéraient de ne plus pouvoir se réincarner du fait de la surpêche et de la pollution des océans ? Par cette étonnante expérience de pensée, Vinciane Despret pratique un décentrement salutaire ouvrant la voie à d’autres manières d’être humain sur terre…

Petit traité de sobriété énergétique de Barbara Nicoloso

Aujourd’hui, les habitudes de vie et les technologies qui y sont associées maintiennent les sociétés modernes en état d’ébriété énergétique permanent. Or la crise climatique et écologique suppose de mener une transition profonde de notre système énergétique carboné, non renouvelable et dispendieux vers un nouveau modèle fondé sur la sobriété, la satiété et des ressources renouvelables. Ce changement implique d’interroger nos besoins et nos usages énergétiques afin de faire face aux défis de la raréfaction et de la fluctuation des prix des ressources fossiles, de la sortie progressive du nucléaire et des inégalités économiques et sociales. Cela nécessite donc de repenser la façon dont nous utilisons l’énergie dans une grande partie des activités humaines : industrie, bâtiments, transports, agriculture, etc. La transition énergétique vers un modèle de société soutenable doit être une démarche collective et démocratique qui associe les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens dans des mutations sociales, économiques et culturelles déterminantes pour l’avenir de notre planète.

De la démocratie en pandémie de Barbara Stiegler

La conviction qui nous anime en prenant aujourd’hui la parole, c’est que plutôt que de se taire par peur d’ajouter des polémiques à la confusion, le devoir des milieux universitaires et académiques est de rendre à nouveau possible la discussion scientifique et de la publier dans l’espace public, seule voie pour retisser un lien de confiance entre le savoir et les citoyens, lui-même indispensable à la survie de nos démocraties. La stratégie de l’omerta n’est pas la bonne. Notre conviction est au contraire que le sort de la démocratie dépendra très largement des forces de résistance du monde savant et de sa capacité à se faire entendre dans les débats politiques cruciaux qui vont devoir se mener, dans les mois et les années qui viennent, autour de la santé et de l’avenir du vivant.

Les communards de Jean-Pierre Azéma & Michel Winock

Entre mars et mai 1871, Paris connut une insurrection révolutionnaire qui devait rapidement aboutir à la mise en place d’un conseil populaire, la Commune. Moins de deux mois plus tard, les insurgés capitulaient devant les troupes régulières et le gouvernement de Thiers, replié à Versailles. La répression fut sanglante. La Commune est un moment singulier dans l’histoire de France et demeure encore aujourd’hui l’enjeu d’une bataille mémorielle. Dans ce texte d’une grande clarté, richement illustré, Jean-Pierre Azéma et Michel Winock évoquent l’avènement puis la chute de la Commune, mais également ses représentations ultérieures et ses conséquences à long terme.

La cité des rêves de Wojcich Chmielarz

Un des élégants quartiers en vase clos de Varsovie, un petit paradis sur terre dont rêvent tous les polonais se trouve brutalement plongé dans le drame : ce matin, au pied des immeubles modernes tout confort, le gardien a découvert le cadavre d’une étudiante en journalisme. Il suffit d’un instant pour que le paradis se transforme en enfer. Pour Mortka, chargé de l’enquête avec l’aide de la lieutenante Suchocka, le coupable semble d’abord tout désigné. Mais ce qui paraît simple va prendre à mesure des investigations la portée d’un vaste scandale. Ici, comme dans une Pologne en miniature, politique et mafia, sexe et drogue, ambitions et aspirations, secrets et rêves parfois meurtriers se rencontrent…
Dans ce nouveau volet des aventures de l’inspecteur Mortka, Chmielarz s’attaque impitoyablement aux faiblesses humaines et jette un regard critique sur le monde fermé des domaines gardés, qui semblent n’avoir surgi de terre que pour chatouiller la vanité des propriétaires de SUV.

L’anarchie ou le chaos de Philippe Godard

Que disent les anarchistes des grandes questions contemporaines ? Nous n’entendons jamais leurs opinions à propos de la corruption des politiciens, du dérèglement du climat, de la consommation de masse ou de l’individualisme… Ils n’ont donc aucune idée ? Ils ne cherchent qu’à provoquer l’insécurité et le chaos ?L’anarchie n’est pas le chaos… mais les opinions des anarchistes dérangent.

La déraison sanitaire d’Alexandra Laignel-Lavastine

Le Covid-19 et le Culte de la vie par-dessus tout

Jamais l’humanité n’avait été mieux armée médicalement face à une épidémie ; jamais elle ne se sera montrée aussi désarmée moralement. Pourquoi ? Vu l’amplitude de la crise qui s’annonce, nous ferions bien de nous interroger car nos descendants nous demanderont des comptes.

L’argument sanitaire a prévalu d’emblée. Mais serions-nous vraiment prêts à assumer le risque, hautement déraisonnable d’un point de vue civilisationnel, d’une réduction de l’homme à la « vie nue » (Walter Benjamin) ? Vers quelle tyrannie de la santé peut bien nous mener « l’État care » fantasmé par nos politiques et depuis quand ces derniers se donnent-ils pour ambition messianique de sauver les vivants ?

« Nous sommes grandioses, nous avons choisi la vie ! ». Et si le Coronavirus venait au contraire nous rappeler une vérité capitale : la vie au sens du bios est l’alpha, pas l’oméga.

À ce propos, aurait-on omis de méditer cet autre paradoxe du printemps 2020 : le jour, on souscrivait massivement au principe selon lequel la vie serait la valeur suprême. Le soir, on applaudissait en cœur un corps médical qui, par son sacrifice et son dévouement, nous démontrait d’une certaine façon l’inverse. Qu’ont-ils gagné en retour ? Rien, hormis la confirmation de leur qualité d’homme. C’est-à-dire tout. Voilà ce que notre sensibilité post-tragique ne parvient plus à comprendre.

L’impératif « Sauvons des vies ! » nous aurait-il collectivement hébétés ?

L’inde ancienne au chevet de nos politiques de Jean-Joseph Boillot

L’Inde ancienne au chevet de nos politiques – L’art de la gouvernance selon l’Arthashâstra de KautyliEcrit il y a plus de vingt-cinq siècles, l’Arthashâstra propose une véritable doctrine de l’Etat, moderne, bienveillant et efficace. Kautilya, surnommé le Machiavel indien, porteur d’un conservatisme éclairé, y défend autant le-bien-être du peuple que l’autorité de son Roi. De cet immense traité, Jean-Joseph Boillot a extrait, traduit et adapté les grands principes de la bonne gouvernance. Parfaitement intemporelles, les questions qu’il aborde sont parfois même d’une étonnante actualité. Comment choisir ses ministres et mettre à l’épreuve leur moralité ? Comment assurer la sécurité des biens et des personnes ? Quel soin porter aux finances publiques et en prévenir les détournements ? Quelle place accorder à la justice ? Qu’est-ce que la souveraineté de l’Etat ? Alors que les grandes démocraties occidentales souffrent d’une profonde crise de gouvernance, que leurs dirigeants et leurs programmes ne sont plus capables d’enrayer la montée des populismes, le citoyen trouvera peut-être un peu de réconfort et le politique un peu d’inspiration à la lecture de l’un des plus grands traités de l’Inde ancienne.

Tiger d’Eric Richer

À Xian, dans un futur proche, Xujin s’occupe d’un refuge pour enfants arrachés à la rue et aux réseaux de prostitution, tandis que l’ombre d’Os de tigre, vieille chamane vengeresse, hante la nuit. En Russie, Esad, un trafiquant russe un peu perdu, tombe amoureux d’une jeune prostituée chinoise, Tiger, et tente de la sauver. En fuite, il arrive au refuge accompagné d’un adolescent qui est parvenu à s’échapper du camion où il était retenu prisonnier. Cette arrivée perturbe durablement l’équilibre du lieu et fait peser sur lui une grave menace.

Tiger est une histoire de corps et d’exil. Après La Rouille, Éric Richer poursuit sa double exploration de la faillite de l’amour et de sa possibilité. L’ensemble des personnages semblent n’être que des corps meurtris, des corps objets, marchandises censées donner ou recevoir une forme d’amour physique. Ces corps deviennent des armes au sens propre, des outils, sortent de leur dimension marchande pour faire justice ou protéger, et finissent chacun à leur manière par accéder à une forme d’amour et de paix.

Roman noir porté par une langue implacable mêlée de tendresse et de violence, Tiger est une plongée dans les marges de la Chine contemporaine, une folle histoire d’amour et de consolation, qui interroge, au milieu du chaos, de la violence et de la corruption, la possibilité d’un refuge.

Du silence de David Le Breton

Les usages sociaux et culturels accordent à la parole et au silence une alternance qui varie d’un lieu à l’autre et d’une personne à l’autre. Cependant, face au silence les uns éprouvent un sentiment de recueillement, de bonheur tranquille, tandis que d’autres s’en effraient et cherchent dans le bruit ou la parole une manière de se défendre de la peur.


« Soudain paraît un anthropologue singulier, David Le Breton, jusqu’alors interrogateur du corps socialisé, de l’expressivité des visages, de la douleur et des maux de la chair , qui parle d’abondance du silence. Et qui s’étonne lui-même d’avoir conçu tant de phrases sur  » une étoffe de silence ». » Georges Balandier, Le Monde.