Luttez

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« L’occupant procède au deuxième acte de votre extermination.

N’ayez pas  inconsciemment à la mort.

Défendez-vous.

Prenez une hache, une pince-monseigneur, un couteau, barricadez votre maison.

Ne les laissez pas vous capturer comme ça !

En combattant, vous avez une chance de survivre.

Luttez. »

Document des Archives Ringelblum, 426, Ring II/333 Mf/ ZIH-802 ; USHMM-57 (traduit du polonais par Ian Zdanowicz)

Black box society, les algorithmes secrets qui contrôlent l’économie et l’information de Frank Pasquale

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Black box society

Les algorithmes secrets qui contrôlent l’économie et l’information

Capturées, compilées, archivées, nos données personnelles et nos traces numériques sont silencieusement injectées dans le coeur du Big Data. Des algorithmes cachés influencent nos choix, statuent sur notre solvabilité, jugent de notre employabilité, prédisent nos actions ou, tout simplement, nous surveillent. Les géants de la Silicon Valley et de la finance donnent des verdicts algorithmiques qui jouent un rôle central dans nos vies et décident du sort des start-ups, des innovateurs et de toute l’économie.

Dans Black Box Society, Frank Pasquale dresse le portrait effrayant d’un monde ténébreux où la neutralité n’est qu’un mythe. Au terme de plus de dix ans d’enquête, il soulève le couvercle des boîtes noires et révèle comment des intérêts puissants, privés et gouvernementaux, abusent du secret commercial, trahissent notre confiance et tirent d’immenses profits de la manipulation algorithmique.

Face à l’urgence citoyenne et politique de réagir, l’auteur propose des méthodes pour apporter de la transparence à cette société de la boîte noire qui contrôle nos vies et conditionne notre futur.

Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande de Raoul Vaneigen

By notaz / On / In Essais, Lus, Sciences humaines

« Je n’ai rien à dire à quelqu’un qui n’est pas écœuré par la lavasse des vieilleries remises à neuf, par le brouet dont se nourrissent depuis des siècles nos cultures, nos gestes et nos mœurs, par le harcèlement d’une éducation permanente qui s’emploie avec un zèle frénétique à nous désapprendre à vivre. »

« Cela fait, depuis le Mouvement des occupations de mai 1968, que je passe – y compris aux yeux de mes amis – pour un indéracinable optimiste, à qui ses propres rengaines ont tourné la tête. Pourquoi mon attachement viscéral à la liberté s’encombrerait-il de raison et de déraison, de victoires et de défaites, d’espoirs et de déconvenues, alors qu’il s’agit seulement pour moi de l’arracher à chaque instant aux libertés du commerce et de la prédation, qui la tuent, et de la restituer à la vie dont elle se nourrit ?
J’ai à l’endroit du sens humain la même confiance. »

À la ligne: Feuillets d’usine de Joseph Ponthus

By notaz / On / In Lus, Roman

A la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer. Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de boeufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Se défendre, une philosophie de la violence d’Elsa Dorlin

By notaz / On / In Lus, Philosophie, Sciences humaines

En 1685, le Code noir défendait « aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons » sous peine de fouet. Au XIXe siècle, en Algérie, l’État colonial interdisait les armes aux indigènes, tout en accordant aux colons le droit de s’armer. Aujourd’hui, certaines vies comptent si peu que l’on peut tirer dans le dos d’un adolescent noir au prétexte qu’il était « menaçant ».
Une ligne de partage oppose historiquement les corps « dignes d’être défendus » à ceux qui, désarmés ou rendus indéfendables, sont laissés sans défense. Ce « désarmement » organisé des subalternes pose directement, pour tout élan de libération, la question du recours à la violence pour sa propre défense.
Des résistances esclaves au ju-jitsu des suffragistes, de l’insurrection du ghetto de Varsovie aux Black Panthers ou aux patrouilles queer, Elsa Dorlin retrace une généalogie de l’autodéfense politique. Sous l’histoire officielle de la légitime défense affleurent des « éthiques martiales de soi », pratiques ensevelies où le fait de se défendre en attaquant apparaît comme la condition de possibilité de sa survie comme de son devenir politique. Cette histoire de la violence éclaire la définition même de la subjectivité moderne, telle qu’elle est pensée dans et par les politiques de sécurité contemporaines, et implique une relecture critique de la philosophie politique, où Hobbes et Locke côtoient Frantz Fanon, Michel Foucault, Malcolm X, June Jordan ou Judith Butler.

Pister les créatures fabuleuses de Baptiste Morizot

By notaz / On / In Lus, Sciences humaines

Qui sont les animaux, notamment les loups, mais aussi les grizzlys ou les ours polaires ? Que savons-nous d’eux ? Sont-ils des créatures de contes pour enfants ? Leur sont-ils réservés ? Dans cet ouvrage passionnant, Baptiste Morizot remonte la piste de la longue histoire par laquelle la modernité, notre époque, a construit sa représentation des animaux. L’idée d’ « animal » qui semble si évidente n’est-elle pas au fond une chimère, comme le dragon ou le yéti ? L’animal qui existe dans notre esprit est bien éloigné des vrais animaux qui courent encore, en liberté, et qui méritent qu’on aille les pister, décrypter leurs traces et empreintes pour les découvrir, les comprendre et apprendre à partager la terre avec eux.
Pour l’auteur, pister les grands prédateurs revient à faire attention à toute forme de vie. Baptiste Morizot, philosophe, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille, consacre ses travaux aux relations entre l’humain et le vivant. Il est l’auteur du livre « Les diplomates, Cohabiter avec les loups sur une nouvelle carte du vivant »(Wildproject Editions) et « Sur la piste animale » (Acte Sud).

Tous centaures, éloge de l’hybridation de Gabrielle Halpern

By notaz / On / In Lus, Management, Philosophie

Le monde autour de nous se métamorphose ; ce que nous étiquetions autrefois sans l’ombre d’un doute devient mêlé, autre, nouveau. Jour après jour, nos dispositifs les plus anodins l’attestent : un téléphone n’est plus seulement un téléphone, il est aussi un appareil-photo, une télévision, un réveille-matin. Pour Gabrielle Halpern, cela participe d’une mutation plus générale : les cultures, les villes, les entreprises, les identités, les modes de travail et de consommation, la politique, les stratégies, les genres, les êtres humains sont désormais sous le signe du composite, du contradictoire. En un mot, tout s’hybride. 

Or, nous avons toujours pensé ce qui existe sur le mode de l’identité. En dehors de la figure antique, monstrueuse, du centaure, l’hybride a été le grand refoulé de l’histoire de la pensée occidentale. D’où un diagnostic : le malaise, la tentation de revenir à une réalité plus homogène – les réseaux sociaux qui créent des « bulles filtrantes » –, à des identités plus « pures » – la résurgence des nationalismes et des populismes – que connaissent aujourd’hui nos sociétés découlent en droite ligne de notre aveuglement à l’égard des centaures. De notre incapacité à les penser. À penser, tout court ?

La Commune n’est pas morte de Éric Fournier

By notaz / On / In Histoire, La Commune, Lus

Aujourd’hui analysée par les historiens comme un singulier crépuscule des révolutions du xixe siècle, la Commune de Paris fut longtemps considérée comme l’aurore des révolutions du xxe siècle, comme une lutte à poursuivre. Cet essai se penche sur les usages politiques des mémoires de cet événement tragique dont la complexité favorise une grande plasticité mémorielle. Et chacun investit cet événement fascinant de ses propres attentes, étroitement liées aux enjeux politiques du temps. Les mémoires de la Commune sont plurielles et conflictuelles. Répliquant à la violence discursive des Versaillais, puis à la volonté d’oubli des républicains modérés, les vaincus imposent dès les années 1880 la montée au mur des Fédérés comme un rituel politique révolutionnaire majeur. À partir des années 1920, les usages mémoriels dominants sont le fait du communisme, et dans une moindre mesure des socialistes et des anarchistes. Dans le même temps, l’extrême droite est tiraillée entre la redite des outrances versaillaises et la volonté de s’approprier l’épopée communarde – en vain. De 1871 à 1971, la Commune est mobilisée, intégrée avec force aux luttes politiques et sociales ; et elle mobilise à son tour, contribuant parfois aux victoires des forces de gauche en France, lors du Front populaire notamment. La Commune est alors politiquement vivante. Après le chant du cygne du centenaire (1971), vient le temps de l’apaisement et du déclin. Mais si la Commune peine à mobiliser aujourd’hui, son mythe apparaît indéracinable et ressurgit ponctuellement dans le champ politique, parfois avec force.

Habiter en oiseau de Vinciane Despret

By notaz / On / In Lus, Sciences humaines

Qu’est-ce que serait un territoire du point de vue des animaux ? Vinciane Despret mène l’enquête auprès des ornithologues.

Car ce qui l’intéresse surtout, c’est d’observer la naissance et le développement de l’intérêt que les scientifiques portent aux oiseaux.

Où l’on voit alors que, plus on étudie les oiseaux, plus les choses se compliquent. De nouvelles manières de faire territoire apparaissent, bien plus complexes que les ornithologues ne pouvaient l’imaginer. Et si ces manières n’étaient que du spectacle, des parades dont personne n’est vraiment dupe ? Et si ce n’était qu’un jeu, pour “faire semblant” ? Et si l’on prêtait attention au fait que les territoires sont toujours collés les uns aux autres ? Ne seraient-ils pas, alors, une façon pour les oiseaux de continuer à vivre ensemble en étant autrement organisés ?

Sous la plume de Vinciane Despret, oiseaux et ornithologues deviennent intensément vivants et extrêmement attachants. À l’issue de ce livre, on ne devrait plus considérer la notion de territoire comme allant de soi. Et l’on n’entendra peut-être plus de la même façon les oiseaux chanter.

Le discours de Fabrice Caro

By notaz / On / In Littérature, Lus

« Tu sais, ça ferait très plaisir à ta soeur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. »

C’est le début d’un dîner de famille pendant lequel Adrien, la quarantaine déprimée, attend désespérément une réponse au message qu’il vient d’envoyer à son ex. Entre le gratin dauphinois et les amorces de discours, toutes plus absurdes les unes que les autres, se dessine un itinéraire sentimental touchant et désabusé, digne des meilleures comédies romantiques. Un récit savamment construit où le rire le dispute à l’émotion.