1789 : silence aux pauvres ! d’Henri Guillemin

L’histoire sérieuse n a pas encore mis en lumière la place qu a tenue, dans la Révolution française, et dès le début, la crainte, chez les possédants, d une menace sur leurs biens. Ce qu il faut savoir, et capitalement, c est que, dès la réunion des états généraux, une grande peur s est déclarée chez les honnêtes gens (les gens de bien, les gens qui ont du bien, des biens), face à ceux que l on va exclure du droit de vote et de la garde nationale : les non-possédants, les gens de rien. Robespierre est un des rares des très rares révolutionnaires à souhaiter chez les exploités (des champs et des villes) une conscience de classe. Et tout va se jouer sur ce même sujet, avec l épouvante (croissante pendant plus de cinq ans) de ceux qui ont en présence de ceux qui n ont pas, qui n ont rien et qu il s agit, à tout prix et constamment, de surveiller et de contenir d abord par le déploiement avertisseur de la force, le 14 juillet 1790, ensuite par son usage crépitant et persuasif, le 17 juillet 1791. Alors : silence aux pauvres ! A la niche, une bonne fois, les gens de rien.
Henri Guillemin

Exercices Spirituels. Leçons de la philosophie antique d’Xavier Pavie

Toute la philosophie antique est exercice spirituel, c’est-à-dire une pratique destinée à transformer, en soi-même ou chez les autres, la manière de vivre, de voir les choses. C’est à la fois un discours, qu’il soit intérieur ou extérieur, et une mise en œuvre pratique. C’est ainsi que Pierre Hadot (1922-2010) a représenté la philosophie antique, comme une discipline destinée à aider l’homme à mieux-vivre.
Les trois grandes Écoles de l’Antiquité (épicurisme, stoïcisme, cynisme) ont développé techniques et méthodes pour parvenir à ce mieux-vivre. Toutes ont mis en exergue l’homme et sa sérénité, l’homme au sein d’une harmonie lui permettant de vivre avec la conscience que la vie est courte et que le temps à vivre est incertain.

Cet ouvrage poursuit les travaux de Pierre Hadot, comme ceux de Michel Foucault, sur cette notion d’exercice spirituel. Toutefois si l’expression arrive pour Hadot en conclusion de ses recherches, elle est ici le point de départ. Ce livre commence par définir ce qu’est un exercice spirituel. Quelle est cette notion, cette expression, qui est aussi une pratique dans l’antiquité? Il analyse en détail l’expression en s’interrogeant sur les théories et les mises en Œuvre qui peuvent s’y référer dans l’antiquité: de l’ascèse à la méditation, de la conversion à la maîtrise de soi ou encore le travail de l’âme. Enfin, ce ouvrage questionne également la continuité des exercices spirituels des Anciens, leurs reprises à l’aube du christianisme, mais également par les philosophies de la Renaissance (Montaigne), des époques classique, moderne (Descartes) et par celle des Lumières (Shaftesbury, Kant, Rousseau).

Xavier Pavie est docteur en philosophie, chercheur-associé au sein de l’IREPH (Institut de recherches philosophiques) de l’université Paris-Ouest. Il est directeur de l’Institut ISIS de l’ESSEC Business school où il est également enseignant.

Le noir : Eclats d’une non-couleur d’Alain Badiou

Le noir symbolise, indistinctement, et le manque et l’excès.
Qui n’a pas fait l’expérience effrayante d’avancer à tâtons dans la nuit noire ? Cette terreur primitive, Alain Badiou la traverse en inventant, avec ses camarades, le jeu de « Minuit sonnant ». La découverte furtive du continent noir dans des magazines interdits, la beauté de l’encre sur le papier, mais aussi les mystères du cosmos et la douleur du deuil : le philosophe nous promène dans son théâtre intime, au gré des souvenirs. Musique, peinture, politique, sexualité, métaphysique : le noir n’aura jamais été aussi lumineux.

bibliographie digitale personnelle

// Livres lus

Zéro de Marc Elsberg (Auteur), mars 2016

Societal 2016 de Jean-Marc Daniel (Auteur), Frédéric Monlouis-Félicité (Auteur), & 1 plus, février 2016

Penser ou cliquer ? : Comment ne pas devenir des somnambules de Michel Blay (Auteur), janvier 2016

L’Empire de la surveillance de Ignacio Ramonet (Auteur), Julian Assange (Interviewer), Noam Chomsky (Interviewer), novembre 2015

A quoi rêvent les algorithmes : Nos vies à l’heure des big data de Dominique Cardon (Auteur), octobre 2015

La vie algorithmique : Critique de la raison numérique Eric Sadin (Auteur), mars 2015

Sauver le monde – 19 mars 2015 de Michel Bauwens (Auteur), mars 2015

Le révolutionnaire, l’expert et le geek – 26 mars 2015 de Gaspard KOENIG (Auteur), mars 2015

L’âge du faire : Hacking, travail, anarchie de Michel Lallement (Auteur), janvier 12015

LoveStar de Andri Snaer Magnason (Auteur), janvier 2015

La menace fantôme : Les industries culturelles face au numérique de Emmanuel Durand (Auteur), octobre 2014

6/5 de Alexandre Laumonier (Auteur), Ervin Karp (Traduction), avril 2014

la troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkin (Auteur), septembre 2013

L’être et l’écran de Stéphane Vial (Auteur), août 2013

La démocratie des crédules de Gérald Bronner (Auteur), mars 2013

Zone interdite – 5 janvier 2011 de Hakim Bey, janvier 2011

Le corps utopique suivi de Les hétérotopies de Michel Foucault (Auteur), Daniel Defert (Postface), juin 2009

Techno : Voyage au coeur des nouvelles communautés festives de Lionel Pourtau (Auteur), Michel Maffesoli (Préface), janvier 2009

Un Manifeste Hacker : « a Hacker Manifesto » Francophone Dans un Design de Gallien Guibert de Mckenzie Wark (Auteur), novembre 2006

L’Ethique Hacker et l’Esprit de l’ère de l’information de Pekka Himanen (Auteur), octobre 2001

God & Golem inc. : Sur quelques points de collision entre cybernétique et religion de Norbert Wiener, janvier 2001

La cyberculture. Rapport au Conseil de l’Europe – 21 novembre 1997 de Levy (Auteur), novembre 1997

TAZ: Zone autonome temporaire de Hakim Bey (Auteur), novembre 1998



// Livres à lire dans la pile

Dans la disruption : Comment ne pas devenir fou ? – 11 mai 2016 de Bernard Stiegler (Auteur)

 

// Livres dans la liste Note

Dominique Reynaud : Qu’est-ce que la technologie ? Suivi de Post-scriptum sur la technoscience Matériologiques – Collection : Sciences & philosophie, février 2016

Makers : La nouvelle révolution industrielle de Chris Anderson (Auteur), Michel Le Séac’h (Traduction), novembre 2012

L’Ethique des hackers (Anglais) de Steven Levy (Auteur), Gilles Tordjman (Traduction), mars 2013

6/5 de Alexandre Laumonier

Je ne porte pas de costume et les limousines ne m’impressionnent pas. Je ne dîne pas dans des restaurants quatre étoiles. Je ne porte pas de casquette avec le logo de mes employeurs car je n’ai ni tête ni visage, et depuis la crise économique mondiale de 2007 je n’ai cessé d’envahir les marchés financiers. Je travaille au 1700 MacArthur Boulevard, à Mahwah, une banlieue endormie du New Jersey située à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Wall Street. Mon bureau est grand comme sept stades de football américain, mais je n’en occupe pas la totalité : l’espace où je travaille ne fait que quelques centimètres carrés, loués tout spécialement à Mahwah par mes employeurs pour une somme que j’estime entre 10 000 et 25 000 dollars par mois. Comme certains étudiants je vis en colocation. Ceux qui partagent le réfrigérateur avec moi s’appellent Dagger, Sniffer, Guerrilla, Shark ou Razor, et tous sont autant de concurrents potentiels que je scrute attentivement à longueur de journée. Je travaille de 9h30 à 15h30, sans relâche et si vite que je prends des décisions en bien moins de temps qu’il n’en faut à un être humain pour cligner de l’oeil.

Zéro de Marc Elsberg

Londres, de nos jours. Un adolescent est abattu lors d’une course-poursuite. Ce drame conduit Cynthia Bonsant, journaliste au Daily, à enquêter sur les agissements de Freemee, société high-tech américaine spécialisée dans la collecte et l’analyse des données qui promet à ses dizaines de millions d’utilisateurs une vie meilleure grâce à ses applis. Mais dans un monde où réseaux sociaux, sites de e-commerce, caméras de sécurité et objets connectés sont les meilleurs alliés de la surveillance globale, le chemin qui mène à la vérité va se révéler aussi ardu que dangereux.

Les hétérotopies de Michel Foucault

Un autre ton de Foucault. Un autre Foucault. Plus près de l’aveu de soi. Plus près de la littérature. Deux conférences de 1966 : totalement inédite pour l’une (Le Corps Utopique) ; inédite sous cette forme pour l’autre (Les Hétérotopies).
Dans le premier des deux textes réunis dans ce court volume, « Les Hétérotopies », Michel Foucault se fait l’initiateur, et peut-être le praticien d’une science nouvelle et, par définition, improbable : la science des espaces utopiques, ou, plus précisément (précision paradoxale ou aporétique), comme il le nomme lui-même, des espaces hétérotopiques (il les appelle aussi des « contre-espaces »). Cette science, il la baptise du nom en effet scientifique d’hétérotopologie. La vérité oblige cependant à préciser qu’il entend par là moins une science savante qu’une science rêveuse, moins une hétérotopie savante qu’une hétérotopie rêveuse, comme son sujet y invite en effet. S’il s’agit d’« ailleurs », d’« ailleurs »-sans lieu, comment les connaître et les enseigner sinon sur le mode du désir, de l’unique et impérieux désir d’y fuir, d’y échapper aux « ici » – aux topoï –, rudes, massifs, oppressifs.
Faute d’aller jusqu’à tenter d’engager un inventaire impossiblement rigoureux de ces ailleurs sans lieu (ce serait les rabattre sur tous ceux qui n’ont que trop lieu et trop de lieux), Foucault en énumère un certain nombre. Étrange liste où l’on sent un attrait, une connivence, une convoitise, même quand certains de ceux-ci sont sombres ou mortifères : les jardins, les cimetières, les asiles, les maisons closes, les prisons, les maisons de retraite, les musées, les bibliothèques, etc. Les bateaux, enfin et peut-être surtout. Il entre un étrange enchantement dans cette énumération qui s’inspire secrètement de l’enfance : « Les civilisations sans bateaux sont comme les enfants dont les parents n’auraient pas un grand lit sur lequel on puisse jouer ; leurs rêves alors se tarissent, l’espionnage alors y remplace l’aventure, et la hideur des polices la beauté ensoleillée des corsaires ». Où la science annoncée fait un pas de côté pour aller à la rencontre de la littérature d’un Roussel ou d’un Leiris.

La seconde de ces deux conférences – « Le corps utopique » – est plus surprenante encore, et pour le coup, presque intime. Qu’y a-t-il de moins utopique, demande Foucault, que le corps, que le corps qu’on a – lourd, laid, captif. Rien n’est en effet moins utopique que le corps, lieu duquel il ne nous est jamais donné de sortir, auquel l’intégralité de l’existence nous condamne. Semble-t-il. Car cette affirmation suscite son objection, que Foucault formule aussitôt : rien n’est certes moins utopique que le corps lui-même, à ceci près que nul ne l’est plus que lui aussi, que c’est de lui que sont nées et nous sont venues toutes les utopies – le corps est lui-même une autotopie en quelque sorte, par opposition aux « hétérotopies » qu’imaginait la première conférence. Le corps grandi, tatoué, maquillé, masqué forme autant de figures possibles de cette utopie inattendue et paradoxale du corps. La parure, les uniformes en sont aussi de possibles. Comme la danse (« corps dilaté selon tout un espace qui lui est intérieur et extérieur à la fois »), ou encore la possession…
Mais, c’est l’érotisme, à la fin – Michel Foucault dit même « faire l’amour » – qui est le plus susceptible d’apaiser l’inapaisable désir du corps de sortir des limites qui sont les siennes. Ou des caresses comme moyen d’« utopiser » le corps.

Dans sa présentation, qui vient clore ce recueil, Daniel Defert retrace l’improbable destin du concept d’ »hétérotopie », entre Venise, Berlin (surtout) et Los Angeles.

Sociétal 2016

Le décryptage annuel des enjeux économiques et sociaux. « Nous sommes tous à la frontière » affirme d’emblée l’édition 2016 de Sociétal. A l’heure où la transformation numérique bouleverse les chaînes de valeur économiques, le travail, l’emploi, le droit et le dialogue social, l’éducation et la formation, avons-nous pris toute la mesure de ces mutations ? Comment nous adapter, individuellement et collectivement ? Sommes-nous lost in transition ? Ce numéro de Sociétal s’interroge sur les mutations du travail et de l’emploi à l’ère numérique, et leurs conséquences sociales. Car la grande transformation que nous vivons nous propulse dans l’âge des paradoxes : salarié et entrepreneur, individualiste et collaboratif, indépendant et subordonné, nomade et sédentaire… Et toujours : 4 parties thématiques pour décrypter les enjeux économiques et sociaux : politique économique et compétitivité, performance publique, dialogue social, travail et management, ainsi que l’agora de Sociétal. 30 analyses prospectives et multidisciplinaires sur les changements en cours et les défis auxquels les entreprises, les Etats et la société doivent répondre. 40 contributeurs-experts. Sociétal 2016, l’ouvrage de référence indispensable pour tous ceux qui veulent comprendre les mutations économiques et sociales de notre temps.

le Rapport de Brodeck : l’Indicible de Manu Larcenet

Manu Larcenet se confronte à une adaptation, celle du chef-d’oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l’auteur de Blast et du Combat ordinaire s’empare du texte, c’est pour le faire sien, et lui donner une nouvelle vie éclatante, sombre et tragique. Des pages d’une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes, une plongée dans les abîmes, servie par un noir et blanc sublime et violent. Un très grand livre.

Le Rapport de Brodeck : L’Autre de Manu Larcenet

Manu Larcenet s’attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d’oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l’auteur de Blast et du Combat ordinaire s’empare du texte, c’est pour le faire sien et lui donner une nouvelle vie, éclatante, sombre et tragique. Des pages d’une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes ; une plongée dans les abîmes servie par un noir et blanc sublime et violent.